France, Terrorisme

Salah Abdeslam “ne se suicidera pas”, selon son frère

Le frère du logisticien des attentats du
13 novembre à Paris a donné un entretien à la presse belge ce mercredi. Dans cette interview à bâtons rompus, il assure pousser son frère à expliquer ses actes présumés à la justice.

On ne l’avait pas entendu depuis un an. Mohamed Abdeslam a accordé un entretien à la presse belge ce mercredi. Au cours de cette interview, le frère du seul survivant du commando du 13 novembre ne mâche pas ses mots. Ses conditions de détention « le radicalise plus qu’autre chose » juge celui qui a toujours condamné les actes de son frère.

Avec ses parents, Mohamed Abeslam a obtenu le droit de rendre visite à son frère cadet à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne). « Parce qu’[ils] vien[nent] de loin », ils peuvent depuis six mois le rencontrer une heure et demi, soit le double du temps consenti aux prisonniers en temps normal.

“On en fait une bête sauvage”

Depuis son transfert en France en avril 2016, hormis ces visites familiales, le logisticien des attentats est soumis à une surveillance 24 heures du 24 dans sa cellule. Son frère Mohamed est convaincu que ces conditions de détentions ne le pousseront nullement à s’expliquer avec la justice. « La question est de savoir si on veut vraiment qu’il réponde ou non. Qu’est-ce qui est le plus important, interroge-t-il, que mon frère parle et apporte enfin des réponses aux victimes ou qu’on lui impose une telle surveillance, en le privant totalement d’intimité, sous prétexte que le système judiciaire continuera le travail avec ou sans lui. » Il regrette amèrement que ces conditions aient fait de son frère « une bête sauvage »« Je sais que ma vie sera en prison. Je dois juste m’adapter », expliquerait Salah Abdeslam à ses proches.

« Il ne se suicidera pas », assure le frère du terroriste présumé. « La religion est tout ce qui compte pour lui. Le suicide est contraire à celle-ci », justifie-t-il. Selon lui, la présence de caméras de surveillance permanente dans la cellule de son frère « ne lui laisse aucune intimité ». « Peut-être que Salah adopterait un autre comportement », si le système judiciaire le traitait davantage comme un prisonnier lambda.

Les attentats restent un tabou familial

La première fois, Salah Abdeslam a pu « serrer [sa] maman dans les bras et lui demander pardon », se souvient Mohamed. A cette visite s’ajoute un appel téléphonique hebdomadaire. Le frère du présumé terroriste l’affirme, tous ces contacts n’ont qu’un but : faire parler son frère sur l’équipée meurtrière à laquelle il a pris part. 130 personnes ont trouvé la mort à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015, mais Salah Abdeslam reste totalement muet quand la justice l’interroge. Avec sa famille, il s’ouvre un tout petit peu plus.

« Grâce à ces visites, je tente d’instaurer petit à petit une relation de confiance avec lui, pour qu’il s’exprime enfin. Les victimes en ont besoin. Nous en avons besoin. C’est un véritable travail et je veille vraiment à ne pas le brusquer », explique Mohamed. Mais sa compassion fraternelle n’est pas illimitée : « Si Salah ne fait pas preuve à un moment de rédemption, moi-même je n’irai plus le voir », avertit-il.

Mais pour l’instant, la famille n’est pas parvenue à évoquer les attentats avec le frère cadet. Lors de son arrestation, Salah Abdeslam ne voulait même pas de l’assistance d’un avocat. Il a finalement accepté d’être défendu, mais seulement par Sven Mary, personne d’autre. « C’était un choix logique, qui s’imposait : c’est le premier qu’il a vu lors de son arrestation », explique Mohamed au nom de son frère.

Il a fallu convaincre Me Mary. En octobre 2016, il avait renoncé à défendre Salah Abdeslam, frustré par le mutisme auquel ce dernier se cramponnait. “Pour défendre quelqu’un, il faut être deux”, avait fait valoir le binôme qui avait accepté de le représenter. Dès sa nomination ce mercredi, Sven Mary, désormais seul à défendre Abdeslam, a demandé le report du procès supposé s’ouvrir le 18 décembre. Le temps de préparer au mieux la défense de son client.