Accident à Millas : la barrière du passage à niveau au coeur de l’enquête

“Il est trop tôt pour dire si la barrière était levée ou baissée”, selon le procureur de Perpignan. Si l’enquête se poursuit autour du passage à niveau, les témoignages se contredisent déjà.

Les barrières ferroviaires sont-elles à l’origine du drame de Millas ? Beaucoup de questions sont encore sans réponse après la collision ce jeudi d’un car scolaire et d’un TER à Millas, une commune située à une vingtaine kilomètres de Perpignan.

Comment et pourquoi le bus scolaire a-t-il pu être percuté de plein fouet par ce TER ? Y a-t-il eu erreur humaine? Un problème technique ? D’après plusieurs témoins, les barrières censées protéger ce passage à niveau pourraient ne pas avoir fonctionné.

“La barrière du passage à niveau dans le sens où circulait le bus est brisée, sans que l’on sache si c’est le bus scolaire qui l’a forcée ou si elle a été détruite lors de la collision”, indique ce vendredi matin la SNCF à franceinfo. “La seconde barrière, en sens inverse d’où venait le bus, est effectivement levée mais c’est le fonctionnement normal puisqu’elle se relève après le passage du train.” Selon la SNCF, on ne peut donc rien conclure pour l’instant. Mais elle a ensuite indiqué que “selon des témoins, le passage à niveau a fonctionné normalement, mais il faut évidemment que cela soit confirmé par l’enquête”.

Certains assurent que les barrières étaient ouvertes

Plusieurs témoins cités dans la presse contredisent cette version. Il y a d’abord Samuel, ce père prévenu par son fils, témoin de l’accident, qui est l’un des premiers à évoquer des barrières ouvertes sur France Bleu Hérault : “Mon gamin m’a appelé en pleurs en me disant qu’il y avait eu un grave accident, parce que lui est arrivé juste derrière, en trottinette. (…) Je lui ai dit ‘écoute fais-moi une photo et envoie-moi la photo’. (…) Ce qui m’a surpris sur la photo qu’on a reçue, c’est qu’en fait, la barrière est complètement relevée.”

Il y a également cette grand mère d’une victime, Mme Cargol, dont le témoignage a été recueilli par France 3. Sa petite fille est une collégienne qui était à l’avant du bus. Selon ce qu’elle lui a raconté, “la barrière ne s’est pas refermée” et “les clignotants rouges ne se sont pas allumés” au niveau du passage à niveau. “Elle m’a dit ce qu’il s’est passé, continue-t-elle. La conductrice est passée, elle s’est arrêtée à la moitié et c’est là que le train l’a percutée. Ma fille après, elle est restée dans le noir mais depuis qu’elle s’est réveillée, elle est vraiment traumatisée.”

La mère d’une victime interrogée par RTL livre la même version. “Ma fille m’a dit que les barrières n’étaient pas baissées, qu’elles étaient relevéesLe bus est passé et là, elle a juste eu le temps de tourner la tête, le train arrivait. Elle a crié ‘Attention !’ et là c’était le trou noir.” La collégienne a perdu connaissance mais est saine et sauve.

Un passage à niveau “révisé il y a peu”

L’heure est à la prudence. “Il faut se garder de tirer des conclusions trop hâtives”, a réagi ce vendredi matin sur franceinfo Bertrand Aubin, secrétaire général du syndicat de cheminots First. “Ces passages à niveau automatisés [comme celui de Millas] peuvent connaître un dysfonctionnement, mais dans ce cas-là, en principe, cela provoque l’abaissement des barrières et le clignotement des feux rouges, même si aucun train n’est à l’approche”, a-t-il précisé.

Il s’agit d’un passage à niveau “classique” doté d’une signalisation automatique et de deux barrières, avait précisé la SNCF selon laquelle le passage à niveau “n’était pas considéré comme particulièrement dangereux”. Céline, jeune femme vivant 500 mètres plus loin dont le témoignage a été recueilli par le Parisien explique que “le passage à niveau où à lieu l’accident a été révisé il y a peu.” 

Des témoins, dont le chauffeur du TER, ont déjà été entendus et d’autres le seront prochainement, a annoncé le procureur de Perpignan, Jean-Jacques Fagny. Des prélèvements seront effectués pour vérifier l’alcoolémie et la toxicologie de la conductrice du car qui a été grièvement blessée, et du chauffeur du train. La SNCF a également lancé des investigations internes. Son président, Guillaume Pepy, et Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau, se sont rendus sur place.