Affaire Tapie : qui sont les 6 protagonistes renvoyés en correctionnelle

Nouveau coup de théâtre dans l’affaire Tapie. Six protagonistes, dont Bernard Tapie lui-même, sont renvoyés devant le tribunal correctionnel pour escroquerie en bande organisée et détournement de fonds publics. L’ordonnance de renvoi a été signée par les juges d’instruction Serge Tournaire et Claire Thépaut le 18 décembre.

Ils s’appellent Bernard Tapie, l’homme d’affaires, Maurice Lantourne, l’avocat, Pierre Estoup, le juge-arbitre, Stéphane Richard, l’ancien directeur de cabinet et Jean-François Rocchi et Bernard Scemama, directeurs de structures publiques chargées de sauver le Crédit Lyonnais de la faillite dans les années 90. Tous sont renvoyés en correctionnelle.

Cette décision fait suite à l’annulation par la cour d’appel de Paris, en février 2015, d’un arbitrage rendu en 2008. Cette année-là, Bernard Tapie obtient gain de cause dans le litige qui l’oppose au Crédit Lyonnais. Il reçoit 404,8 millions d’euros dont 45 millions pour préjudice moral. C’est précisément cette décision qui motive aujourd’hui les juges Tournaire et Thépaut à renvoyer en correctionnelle les six individus pour escroquerie en bande organisée et détournement de fonds publics.

Depuis 25 ans, Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais se déchirent. La cause ? La vente de la société Adidas, qui passe des mains de Bernard Tapie à celles de Robert Louis-Dreyfus en 1993. Avant d’acquérir la société à 100%, Robert Louis-Dreyfus la partage avec des filiales du Crédit Lyonnais, ce que Bernard Tapie ignore en partie. Lorsque l’homme d’affaire rachète totalement Adidas, l’argent est versé au Crédit Lyonnais. Lors de cette opération, la banque empoche 390 millions d’euros de plus-value. Bernard Tapie, primo-propriétaire d’Adidas, s’estime lésé et attaque la banque en justice, aidé par son avocat Maurice Lantourne.

Les bonnes fées de Bernard Tapie

A l’époque, le Crédit Lyonnais est proche de la faillite. Deux structures publiques sont créées pour sauver la banque : le Consortium de réalisation, présidé par Jean-François Rocchi, et l’Etablissement public de financement et de restructuration, présidé par Bernard Scemama. Ce dernier permet à Bernard Tapie de gagner — temporairement — son procès et 404,8 millions d’euros contre le Crédit Lyonnais en 2008. Dans les colonnes du Monde, il avoue avoir reçu une “consigne claire” de Christine Lagare alors ministre de l’économie pour que l’arbitrage soit favorable à Tapie.

Sur l’ensemble de la somme, 45 millions d’euros ont été versés pour préjudice moral. Celui-ci est évalué par un protocole d’accord notamment rédigé par … Jean-François Rocchi.

Quid de Stéphane Richard, directeur du cabinet de la ministre de l’économie Christine Lagarde, et Pierre Estoup, juge-arbitre au tribunal correctionnel ? Initialement dans les mains de la justice “classique”, l’affaire a été jugée, en 2008 donc, par un tribunal arbitral. Ce qui revient à faire juger cette affaire par un tribunal privé. Ce changement de juridiction a été “exclusivement conçu à l’avantage de Bernard Tapie” selon le rapport des juges Tournaire et Thépaut. Il résulte d’une demande de Stéphane Richard, de Nicolas Sarkozy, à qui Bernard Tapie a apporté son soutien lors de la campagne présidentielle de 2007 ainsi que de Christine Lagarde, la ministre de l’économie.

Au sein de ce tribunal arbitral, le juge-arbitre Pierre Estoup a été nommé avec l’aide de … Maurice Lantourne, l’avocat de Bernard Tapie. Il le savait en effet très proche de ce dernier.

Cette interminable affaire pourrait coûter jusqu’à dix ans de prison aux six protagonistes. Bernard Tapie, malade, ne sera peut-être pas présent au procès, tout comme Nicolas Sarkozy, protégé par l’immunité présidentielle. Le parquet pointait pourtant dans ses réquisitions le fait que l’ancien président a joué un rôle clef dans l’affaire.