Élections en Catalogne : trois partis, trois visions de l’indépendance

Malgré un vote qui s’annonçait serré, les indépendantistes conservent la majorité absolue au Parlement de Catalogne après les élections anticipées du 21 décembre. 70 sièges leur sont attribués, dont 34 pour la formation de Carles Puigdemont. Le leader de l’indépendance va cependant devoir composer avec son rival de l’ERC (32 sièges) et avec les unionistes de Ciudadanos (37 sièges).

C’est « un résultat que personne ne peut discuter », a déclaré Carles Puigdemont depuis Bruxelles au soir du 21 décembre. Le leader de l’indépendance, exilé en Belgique depuis la destitution de son gouvernement par Madrid, n’a pas masqué son enthousiasme. « Je veux féliciter le peuple catalan parce qu’il a donné une leçon au monde, une leçon de civisme et de démocratie ! ». Après un scrutin serré et des dizaines de sondages qui annonçaient un coude-à-coude entre les indépendantistes et le parti centriste Ciudadanos, les partisans d’une Catalogne autonome ont conservé leur majorité avec 70 sièges sur 135.

Junts pel Si (Ensemble pour le oui) est la coalition indépendantiste formée par Carles Puigdemont. La CUP (Candidature d’union populaire) est également pour l’indépendance.

La victoire n’est pas complètement acquise pour autant. Le gouvernement madrilène n’est toujours pas favorable à la proclamation de l’indépendance et a signalé qu’il était prêt à réutiliser l’article 155 de la Constitution, qui permet de destituer le Parlement régional.  Et en nombre de voix, c’est le parti Ciudadanos, pour une union avec l’Espagne, qui l’emporte (25% des voix, soit 37 sièges). Les indépendantistes, certes majoritaires, sont divisés entre partisans d’une indépendance unilatérale et partisans d’un compromis avec Madrid. Tour d’horizon de trois sensibilités politiques désormais au “coude-à-coude” au Parlement.

Junts per Catalunya : l’indépendance unilatérale…ou presque

Ensemble pour la Catalogne a été formée tout exprès pour les élections du 21 décembre. Émanation du parti démocrate européen catalan (PdeCat), cette coalition créée le 13 novembre dernier est une liste à l’image de son président, Carles Puigdemont.

Nous avons vaincu l’État espagnol”, a exulté l’ancien président de l’exécutif catalan, destitué par Madrid en octobre dernier. S’il avait d’abord déclaré qu’il remettrait en place son gouvernement tel qu’il était avant la mise sous tutelle de la Catalogne, Carles Puigdemont a semble t-il changé d’avis. Et s’est dit prêt à rencontrer le chef de l’exécutif espagnol, Mariano Rajoy. “Pour l’instant nous ne pourrons pas établir un agenda de négociations, mais le plus important (…) est que nous devons pouvoir parler de tout”, a t-il néanmoins précisé.

 

Esquerra Republicana de Catalunya : l’indépendance oui, mais pas sans discussions

La Gauche républicaine de Catalogne, parti historique de l’indépendance fondé en 1931, était alliée à Carles Puigdemont dans le gouvernement précédent. Oriol Junqueras, son président, a présenté sa liste séparément cette fois-ci : en tête dans les sondages, l’ERC s’est fait coiffer au poteau par le parti de son rival en exil, à 32 sièges contre 34 pour Junts per Catalunya.

D’abord partisan d’une indépendance unilatérale, Oriol Junqueras, en détention préventive pour sédition et rébellion depuis la tentative de proclamation en octobre dernier, a progressivement nuancé son discours jusqu’à se dire “ouvert à des discussions bilatérales” avec Madrid. Au moment de l’annonce des résultats le 21 décembre au soir, il s’est même fendu d’une lettre à ses soutiens, les enjoignant à accepter les résultats et à ne pas aller manifester.

Oriol Junqueras ne se cache pas d’être en froid avec son ancien allié Carles Puigdemont. “J’ai été en prison parce que je ne me cache pas et que je suis en accord avec mes actes, mes décisions, mes sentiments”, a t-il déclaré dans une interview à une radio catalane, accusant implicitement son rival de s’être enfui. Le quotidien espagnol El Pais a ironisé en évoquantun féroce désaccord entre les amants”. Reste que cette rivalité ne va pas faciliter la mise en place d’un gouvernement.

Ciudadanos : “sortir du cauchemar” de l’indépendance

Le plus résolu des partis opposés à l’indépendance a réalisé un score record avec 1,1 million de voix en sa faveur. Sa présidente, Inés Arrimadas, 36 ans, veut incarner un renouvellement politique et a déclaré vouloir balayer “le bipartisme rance des rouges et des bleus”. Opposée à l’indépendance catalane, elle résume la situation en ces termes : «Ce n’est pas une crise de la Catalogne face au reste de l’Espagne: elle se déroule entre Catalans». “Nous allons nous réveiller de ce cauchemar”, a t-elle également déclaré.

Inés Arrimadas compte désormais réunir sous son nom tous ceux qui s’opposent à l’indépendance. Parmi les premières mesures qu’elle envisage si elle devient présidente du Parlement : “modifier [la] loi électorale qui donne plus de sièges à ceux qui ont moins de voix”. En quarante ans de démocratie, la Catalogne n’a connu qu’un seul président non-nationaliste.