Grève, santé, Seniors, Société, Travail

La crise des Ehpad en chiffres

Des soignants en sous-effectif et en souffrance ; mal-être, voire selon certains salariés, maltraitance des résidents ; frais d’hébergement qui explosent… A bout de souffle, les Ehpad font face à des défis colossaux.

 

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Une augmentation du nombre de résidents à venir

En pleine crise, les Ehpad doivent se préparer dans les décennies à venir à l’arrivée des papyboomers à l’âge de la retraite. De nombreux seniors pourraient ainsi devenir résidents d’établissements médicalisés dans les décennies à venir. Ainsi, en 2040, les 75 ans et plus représenteront près de 15 % de la population, contre moins de 10 % en 2020.

Les Ehpad, établissements médicalisés ultra fréquentés

Premier constat : l’Ehpad est l’établissement médical destiné aux seniors le plus largement présent sur le territoire. Sur 10 600 établissements accueillant des personnes âgées, 70 % sont des Ehpad.

Des structures indispensables tant la demande est conséquente : en 2015, 728 000 personnes âgées vivent dans un établissement médicalisé. Du fait de l’important nombre d’Ehpad en France, une grande majorité de résidents se trouvent dans ce type d’établissements, structures privées et publiques confondues : 80 % d’entre eux sont concernés, soient 585 000 personnes.

Si les seniors résident principalement en Ehpad, c’est pour une raison principalement médicale : ces établissements offrent des prises en charge spécifiques, notamment pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Ces conditions nécessitent des soins lourds et l’attention particulière d’un personnel soignant… de plus en plus débordé.

Des soignants en sous-effectif toujours plus sollicités

Il s’agit d’ailleurs du principal sujet de protestation des soignants : leurs équipes sont en sous-effectif.

En moyenne dans un Ehpad, six soignants ont dix résidents à charge. Ce taux d’encadrement est bas : la France fait figure de mauvaise élève par rapport à ses voisins européens.

Source : syndicats.

La France peine à combler son retard. En 2005, Dominique de Villepin, alors premier ministre, promettait un taux d’encadrement dans les Ehpad d’un soignant pour chaque résident, d’ici à la fin du quinquennat de Jacques Chirac. Sans succès.

13 ans plus tard, les syndicats continuent à réclamer la mise en œuvre de cette promesse. Cette demande se fait d’autant plus pressante que les résidents à l’autonomie réduite sont de plus en plus nombreux : cela nécessite un soutien et une disponibilité accru du personnel médical.

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère de la santé (DREES) souligne en effet que 91 % des résidents en Ehpad sont en GIR 1 à 4, soient les niveaux de dépendance les plus élevés.

Par exemple, selon la DREES, sur les 728 000 personnes résidant en Ehpad, plus du tiers (35 %, soient 260 000 résidents) souffrent d’une maladie neurodégénérative.

Pour France Culture, une aide-soignante dans un Ehpad témoigne : « Une toilette devrait durer 45 minutes. Si on en a 20 minutes par personne, c’est déjà bien ! (…) Quand on n’a pas le temps, on fait mal, on est moins précis dans le geste et on perd patience. (C’est) de la maltraitance, oui, on peut dire le mot. »

Ce ras-le-bol des soignants se ressent jusque dans la recherche de nouveaux salariés : 35 % d’Ehpad font état d’une difficulté croissante à recruter. C’est notamment le cas des aide-soignants, un poste aux conditions de travail éprouvantes entre ultra polyvalence et chronométrage des tâches à accomplir.

Des frais d’hébergement toujours plus élevés

Malgré le manque de confort voire la « maltraitance » des résidents évoquée précédemment par une soignante, ces derniers s’acquittent de frais d’hébergement de plus en plus élevés. Le montant médian en témoigne.

Selon la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), en 2016, 10 % des Ehpad annoncent des frais d’hébergement mensuels inférieurs à 1653 €. 10 autres % annoncent des frais d’hébergement supérieurs à 2798 €.

Les tarifs par jour sont en effet en augmentation constante. En 2016, une journée d’hébergement en Ehpad est en moyenne facturée 59,30 euros — la CNSA signale ainsi une hausse de + 7,6 % par rapport à 2011.

Alors que les frais d’hébergement en établissement médicalisé augmentent, les retraites des Français restent, en parallèle, stables. En 2016, un retraité touchait en moyenne 1322 euros bruts mensuels : cela signifie que, selon son niveau de revenu, une personne âgée résidant en Ehpad dépense l’intégralité de sa pension dans ses frais d’hébergement voire doit bénéficier d’aides financières pour régler la facture.

L’État insuffisamment engagé ?

Dans le budget 2018 de financement de la sécurité sociale, le gouvernement alloue 100 millions d’euros supplémentaires aux Ehpad, espérant ainsi soulager les problématiques de sous-effectifs et de moyens financiers dans les établissements les plus en difficulté. Ainsi, les dépenses de l’État liées aux Ehpad devraient augmenter de 4,5 %.

En parallèle, Agnès Buzyn défend une réforme du financement des Ehpad, initiée sous le quinquennat de François Hollande. La ministre de la santé reconnaît que ces mesures, échelonnées jusqu’en 2023, tendent à favoriser les établissements accueillant les personnes les plus dépendantes. Ceci au détriment « d’environ 10 % » d’Ehpad, majoritairement du secteur public, précise la ministre.

La poursuite de la réforme inquiète le personnel des établissements médicalisés. Pour calmer les esprits et tenter d’endiguer le mouvement de grève de ce 30 janvier, le gouvernement avait annoncé une enveloppe de 50 millions d’euros supplémentaires pour soutenir les EHPAD en grande difficulté. En vain : la grève, suivie par près d’un tiers des salariés d’Ehpad, a été l’occasion de dénoncer cette mesure, qualifiée par les syndicats de « goutte d’eau » , de « broutilles » voire même de « provocation ».

Méthodologie et sources

Les données présentées dans cet article sont issues de diverses institutions. La figure 1, présentant la part des 65–74 ans et des 75 ans et plus dans la population dans les prochaines décennies, s’appuie sur les projections de population de l’INSEE pour la période 2007–2060. Les données présentées dans les figures 2, 3 et 5 proviennent d’une étude réalisée pour le compte de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère de la santé (DREES) en 2017 intitulée « 728 000 résidents en établissements d’hébergement pour personnes âgées en 2015 ». La donnée de la figure 4, sur le taux d’encadrement des résidents en Ehpad, est extraite d’une étude menée par la DREES en 2015 ; les données sur l’Allemagne et le Danemark ont été avancées par les syndicats lors de la grève du 30 janvier. Pour la figure 6 sur les frais d’hébergement des Ehpad, c’est une étude réalisée sur l’année 2016 par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie qui a servi de base. La figure 7 s’appuie sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale 2018 : l’investissement de 100 milliards d’euros supplémentaires pour les Ehpad a été confirmée la semaine du 22 puis du 29 janvier par la ministre de la santé.

En terme de limites, il est difficile d’obtenir un chiffre exact sur le nombre d’Ehpad en France et de par exemple présenter une carte montrant la répartition des établissements dans les départements et régions.

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