#metoo : une vague de tweets, une hausse des plaintes

L’augmentation des plaintes pour agression sexuelle à la fin de l’année 2017, en France, résonne tout particulièrement avec la libération de la parole des victimes sur les réseaux sociaux. Le hashtag #metoo a permis à des millions de femmes de s’exprimer à travers le monde. En quelques jours, 1,7 millions de tweets portant cette mention avaient été répertoriés.

Une hausse de 12% au dernier trimestre de l’année 2017, et même de 26% sur l’ensemble de l’année. Les chiffres sont univoques : davantage de plaintes pour agressions sexuelles ont été déposées, selon le ministère de l’Intérieur dans un rapport daté du 25 janvier. Un phénomène qui s’inscrit dans une période marquée par la libération de la parole en matière de violence sexuelle avec le mouvement #metoo lancé en octobre dernier sur les réseaux sociaux.

Véritable tsunami sur internet le hashtag #metoo est devenu indissociable du combat contre les agressions sexuelles dont les femmes sont, en particulier, victimes. Le célèbre magazine américain Time a même consacré Personnalités de l’année “celles et ceux qui brisent le silence” dans son édition du 18 décembre 2017. La publication a souhaité ainsi rendre hommage aux femmes qui ont décidé de pointer du doigt “ce problème qui n’a pas de nom”.

1,7 million de tweets en huit jours

Dans le sillage de l’affaire Harvey Weinstein, ce producteur hollywoodien accusé de viols et d’agressions sexuelles par 93 femmes, des internautes ont choisi de parler de leur propre expérience des violences sexuelles sous le hashtag #metoo. Un grand déballage mondial qui a débuté le 15 octobre par un tweet de l’actrice Alyssa Milano. “Si vous été harcelée ou agressée sexuellement écrivez “Moi aussi” en réponse à ce tweet”, écrit-elle sur les réseaux sociaux.

Le hashtag #metoo est lancé. Le tweet de l’ancienne star de la série Charmed est largement relayé sur les réseaux sociaux. Près de 68 000 réponses sont recensées, 25 000 retweets et 54 000 likes.

Des milliers de femmes s’emparent alors du hashtag pour témoigner. Une façon pour ces internautes anonymes ou non de lever le voile sur des pratiques subies par un grand nombre d’entre elles. Les #metoo fleurissent sur les réseaux sociaux et, de concert, les recherches sur internet s’intensifient pour comprendre d’où vient le phénomène. Le moteur de recherches Google observe un pic de demandes concernant #metoo entre le 15 et le 23 octobre.

Malgré cette spectaculaire apparition sur les réseaux sociaux, le mouvement “Me too” n’est pas né en 2017. La maternité du slogan revient à Tarana Burke. Cette travailleuse sociale du Bronx, à New York, explique avoir utilisé “ce slogan à transmettre entre survivantes, pour que les gens sachent qu’ils ne sont pas seuls et qu’un mouvement de guérison radicale est possible”. Son association “Me too” défend, notamment, les femmes afro-américaines confrontées aux violences sexuelles depuis dix ans. Mais l’utilisation du hashtag #metoo dépasse le combat de l’association de Tarana Burke, il devient un symbole mondial.

En l’espace de huit jours, environ 1,7 million de tweets mentionnant le hashtag #metoo sont répertoriés par Twitter, cité par CBS News. Et 85 pays comptabilisent plus de 1000 tweets incluant ce mot-dièse.

70% de femmes derrière le hashtag #meeto

Parmi les internautes utilisant le hashtag, on retrouve une écrasante majorité de femmes, selon les chiffres PRCO Studio, publiés par le Telegraph. Quasiment 70% des comptes Twitter relayant le mot-dièse appartiennent à des femmes. Une proportion qui se vérifie chez les internautes occidentaux. A l’inverse, les hommes tweetent davantage à propos de “Me too” en Inde.

 

Phénomène mondial, on ne compte plus les traductions de #metoo. #yotambién (“moi aussi”) dans les pays hispanophones, #quellavoltache (“la fois où”) en Italie, #stilleforopptak (“silence avant dénonciation”) en Norvège, #moiaussi au Québec.. La version française #balancetonporc connaît les mêmes caractéristiques que ses voisines. Une majorité de femmes se sont emparées du hashtag.

Deux tiers des utilisateurs des réseaux sociaux mentionnant #balancetonporc sont des femmes.

#balancetonporc moins soutenu par les hommes

Sur certains aspects, le mot-dièse français se démarque des hashtags internationaux. Ce dernier a émergé le 13 octobre 2017, deux jours avant le tweet d’Alyssa Milano, par l’intermédiaire de Sandra Muller. Dans son message, la journaliste appelle les femmes à raconter leur histoire sur les réseaux sociaux, à l’instar de #metoo. Mais pas seulement. L’objectif est aussi de révéler le nom de leur agresseur.

Cet appel à la dénonciation peut ainsi expliquer les divergences entre les hommes et les femmes lorsqu’on les interroge sur #balancetonporc. Si les Français se disent globalement favorables au procédé, une étude menée par Odoxa, et publiée le 19 octobre 2017, montre que les femmes sont plus enclines à soutenir le hashtag. Ainsi, on observe un écart de 9 points entre les hommes et les femmes sur la question du soutien au hashtag #balancetonporc.

Comme #metoo, le hashtag français a déferlé sur les réseaux sociaux. 335 000 messages ont mentionné #balancetonporc entre le 13 et le 18 octobre 2017. Et, selon Odoxa, 17 000 sont des témoignages d’agression et de harcèlement. Les autres publications arborant le hashtag répertorient des messages de soutien, expriment un sentiment de solidarité à l’égard de ce combat et témoignent de sexisme quotidien. Toujours, selon l’étude, 53% des femmes françaises interrogées déclarent avoir déjà été victimes d’agression ou de harcèlement sexuel.

 

Méthodologie :

Les principales données de cet article proviennent de publications médiatiques ayant analysé les réseaux sociaux. Pour obtenir ces chiffres, les médias cités ont pu passer par des agences spécialisées dans le domaine (Visibrain ou PRCO), voire récupérer des données communiquées par les réseaux sociaux. D’où la difficulté d’acquérir de façon directe une base de données complète rapportant les soubresauts des réseaux sociaux face à un tel phénomène. De plus cette vague se déclinait dans de nombreuses langues. Ainsi, aucun chiffre fiable n’a pu être trouvé quant au hashtag #yotambién ou encore #quellavoltache.

Par ailleurs, l’étude d’Odoxa en partenariat avec Dentsu-Consulting pour France Info et Le Figaro, publiée le 19 octobre 2017, a pu donner quelques éléments de réponse quant à la perception de la version française de #metoo, à travers sa déclinaison #balancetonporc.

Enfin, les outils Google Trends et Datawrapper ont été utilisés.