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Pourquoi les journalistes redoutent une fusion entre France Bleu et France 3 Régions

Un rapprochement entre la radio France Bleu et la télévision France 3 Régions engendrerait un service public low cost, selon une partie de la profession.

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Alors que le gouvernement envisage une grande refonte de l’audiovisuel public, Radio France n’a plus de patron pour faire entendre sa voix, si ce n’est un président intérimaire. Mathieu Gallet a en effet été révoqué le 31 janvier par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Dans ces conditions, le Syndicat national des journalistes (SNJ) demande, en vain, la suspension des discussions autour de la réforme. Celle-ci comprend entre autres un rapprochement à court terme entre France Bleu et France 3 Régions. Sur le fond, cette possible fusion inquiète de nombreux journalistes. Tour d’horizon des principales critiques.

Les partisans du rapprochement entre France Bleu et France 3 Régions y voient la première pierre d’une arche numérique de service public, sorte de BBC à la française. « On peut enrober ça dans tous les discours imaginables, il s’agit simplement de faire des économies », critique Raoul Advocat, délégué syndical du SNJ, membre du bureau national.

Outre l’aspect social et les éventuelles pertes d’emploi, il redoute une dégradation des programmes. « Quand il y a une fusion, ou un rapprochement, il y a toujours une diminution de l’offre d’information », assure-t-il.

Polyvalence forcée

Au-delà de l’aspect quantitatif, il y aurait un risque qualitatif. « Un rapprochement réduirait le pluralisme de l’information », alerte le syndicaliste. Il prend pour exemple Besançon (Doubs), où il travaille. « En France, la presse régionale est sinistrée. Ici, nous n’avons le choix qu’entre France Bleu, France 3 et un quotidien en situation de monopole [L’Est Républicain, propriété d’Ebra, premier groupe de presse quotidienne régionale avec ses neuf quotidiens régionaux, ndlr] ».

S’ajouterait, pour les journalistes de France Bleu et France 3 Régions, une marche forcée vers la polyvalence. « Sur le papier, c’est bien mais en pratique, peut-on vraiment être excellent partout? », s’interroge un journaliste de France Télévisions. Raoul Advocat sen méfie aussi. « Les journées de travail sont déjà bien chargées. Or l’écriture radio et l’écriture télé, ce n’est pas la même chose. En pratique, le journaliste pourrait avoir à réaliser deux reportages au lieu d’un. » Le projet de rapprochement étant encore très flou, difficile de prédire la situation des professionnels. Il est ainsi possible que France Bleu et France 3 Régions se rapprochent et que leurs journalistes conservent, au plan individuel, leurs compétences propres.

Au-delà du risque de polyvalence subie, il y a tous les risques inhérents à la mutualisation. France Bleu et France 3 Régions ne travaillent pas de la même manière. La radio est un média du matin, la télévision un média du soir, estiment les adversaires d’un rapprochement. Il n’y a pas que les plages horaires qui divergent : s’ajoutent les zones de couverture. « En France, la seule région où il y a une cohérence entre les maillages de France Bleu et de France 3 Régions, c’est la Nouvelle Aquitaine », souligne Raoul Advocat.

La chaîne France Info comme épouvantail

Mathieu Gallet, quelques jours avant son éviction, avait remis au ministère de la Culture, avec son homologue de France Télévisions Delphine Ernotte, ses propositions de coopération entre les groupes audiovisuels publics. Le texte, consulté par Les Echos, donne notamment des pistes sur le rapprochement entre France Bleu et France 3 Régions. Il suggère par exemple un rendez-vous politique régional diffusé sur les deux chaînes. Ou encore une matinale hybride radio/télévision, pilotée par France Bleue, mêlant news et services de proximité. Pas de quoi rassurer le Syndicat national des journalistes… « Il ne faut pas oublier que la radio et la télévision n’ont ni la même ligne éditoriale ni le même public », avertit Raoul Advocat. Autre bémol : il est déjà possible d’organiser des émissions bi-médias, de manière ponctuelle.

Les anti-rapprochement prennent pour épouvantail la chaîne France Info, lancée en août 2016. Elle associe France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel. « C’est aberrant : ils sont moins de 200, tous postes confondus, pour une chaîne qui fonctionne 24 heures sur 24 », s’indigne le syndicaliste. « France Info paralyse les autres chaînes du service public : chaque jour, environ une douzaine de journalistes sont détachés de leur rédaction, sans être remplacés, pour y travailler ! »

Pour rappel, le gouvernement veut regrouper au sein d’une seule « holding » toutes les sociétés de l’audiovisuel public. Cette proposition de campagne d’Emmanuel Macron est confirmée par un document de travail confidentiel du ministère de la Culture, publié par Le Monde le 13 novembre dernier.

Pour aller plus loin :

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