Cagnotte à 100 000 euros et pétition : qui est derrière «Free Tariq Ramadan» ?

Pas moins de 103 935 euros ont été récoltés en soutien par le collectif « Free Tariq Ramadan ». Si plusieurs personnalités se sont exprimées en sa faveur, personne ne reconnaît la paternité du mouvement.

Qui veut la libération de Tariq Ramadan ? Depuis quelques semaines, un mouvement nommé Free Tariq Ramadan soulève des fonds en soutien à l’islamologue controversé. Le Suisse de 55 ans a été mis en examen pour viols et écroué depuis le 2 février. Sur son site officiel, le « mouvement international » revendique le droit du théologien « à la dignité et à une procédure régulière », et demande « la libération immédiate du professeur Ramadan de sa détention provisoire »

Il est temps de soutenir le Pr. Tariq Ramadan financièrement (Procédures juridiques, frais d’avocats, expertises et…

Publiée par Free Tariq Ramadan Campaign sur jeudi 22 février 2018

Avec l’idée que sa détention ne respecte pas la présomption d’innocence ni ses conditions de santé qui se détériorent, le collectif #FreeTariqRamadan a d’abord lancé une pétition dès janvier sur le site Change.org, récoltant plus de 110 000 signatures. Après la décision de la cour d’appel de Paris, jeudi dernier, de garder Tariq Ramadan en détention, un «tweet storm » ou « tempête de tweet » a été lancé en même temps qu’une manifestation devant le Palais de justice de Paris, où 80 personnes s’étaient réunies. 

Et depuis le 22 janvier, une levée de fond a même été ouverte pour couvrir “procédures juridiques, frais d’avocats, expertises et contres expertises” de Tariq Ramadan.Lundi à 15h00, 2105 personnes avaient participé, les dons allant de 1 à 300 euros. La cagnotte, postée via la plateforme Cotizup, a déjà récolté 103 935 euros. 

Mais l’identité du créateur de la cagnotte et l’usage à venir de la somme d’argent récoltée reste un mystère. Sur la page d’accueil, le communiqué met en avant “une initiative de sa famille, pas de son cadre professionnel”. Deux vidéos de l’épouse de Tariq Ramadan, Iman Ramadan, postées sur la page de la cagnotte ont été visionnées plus de 700.000 et 160.000 fois. Un compte Twitter, qui se présente comme celui de sa fille Maryam, n’a également pas hésité à relayer les tweets du mouvement en soutien à son père.

Malgré de nombreuses sollicitations, le mouvement Free Tariq Ramadan n’a pas souhaité nous répondre. Le front familial est-il si uni que cela ? Dans l’une des vidéos, Iman Ramadan déclare condamner “toute injure, tout propos haineux, toute menaces qui sont adressées aux présumées victimes”. Or, le frère du conférencier, Hani Radaman et Yamin Makri, directeur des éditions Tawhid à Lyon, s’en étaient pris aux deux plaignantes en criant au complot “sioniste”.

Sur Facebook, le collectif a en tout cas fait savoir que l’appel aux dons avait été lancé pour aider à financer les frais d’avocats “ainsi que la campagne” de communication de Free Tariq Ramadan. Cette dernière est en effet bien rodée, avec site web et diffusion sur internet de vidéos de soutien à l’islamologue, comme celle de l’universitaire Nabil Ennasri (réputé proche du Qatar, selon Mediapart).

Une tribune publiée sur le club de Mediapart

Le maintien en détention de l’intellectuel musulman Tariq Ramadan a déclenché une campagne de protestation très active dans les milieux de l’islam militant, mais aussi du côté de recteurs de mosquées reconnus. Kamel Kabtane et Azzedine Gaci les recteurs des mosquées de Lyon et de Villeurbanne, ont demandé dans un communiqué commun, mercredi dernier, la « “libération immédiate” de l’islamologue, victime, selon eux, d’un “lynchage médiatico-politique”.

Sa “libération immédiate au regard de son état de santé alarmant” était aussi réclamée dans une tribune publiée mercredi sur le site de Mediapart et signée d’une soixantaine de personnalités de l’antiracisme politique ou d’un islam identitaire, parmi lesquelles la militante Sihame Assbague, la porte-parole du Parti des indigènes de la République Houria Bouteldja, le politologue François Burgat, ou l’ancien directeur du CCIF Marwan Muhammad.

Certains médias musulmans d’informations ont, en revanche, fait part de leur méfiance à l’égard de cette initiative. C’est le cas de Saphir News et de Oumma.com, ce dernier s’en étant pris aux “prédicateurs et militants associatifs” qui “exploitent cette terrible affaire à des fins bassement carriéristes”. Et promis d’informer sur l’affaire “de la manière la plus équilibrée possible”.