Nicolas Hulot et les agriculteurs face au casse‐tête du glyphosate

Le ministre de la Transition écologique vient d'ouvrir la porte à un recul sur le terrain du glyphosate. Il veut accorder un délai supplémentaire aux agriculteurs qui ne seraient pas prêts dans 3 ans à se passer de cet herbicide.

Le glyphosate, principale substance active du Roundup de Monsanto, n’a pas dit son dernier mot. Le gouvernement français veut certes l’interdire d’ici 3 ans, au risque de s’exposer à des poursuites judiciaires pour distorsion de concurrence (l’Union européenne l’a réautorisé pour pour 5 ans en novembre). Mais dans une interview au Journal du dimanche, Nicolas Hulot a ouvert la porte à des exceptions si tous les agriculteurs français ne sont pas prêts dans trois ans.

Je ne suis pas buté, a déclaré le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot. Personne ne doit être enfermé dans une impasse : si dans un secteur particulier ou une zone géographique, certains agriculteurs ne sont pas prêts en trois ans, on envisagera des exceptions”, a indiqué le ministre.

Son ministère réfléchit actuellement aux “alternatives” existantes et au moyen de les mettre en oeuvre. “Si on arrive à se passer du glyphosate à 95%, on aura réussi”, a chiffré l’ancien animateur d’Ushuaïa Nature.

Dépendance très variable au glyphosate

La difficulté avec le glyphosate, c’est que le degré de dépendance varie selon les régions de France, les espèces cultivées ou encore les modes de culture. D’où la proposition de Nicolas Hulot d’autoriser les exceptions.

Paradoxalement, cette dépendance au glyphosate existe aussi chez les agriculteurs adeptes d’une agriculture raisonnée. D’après une enquête Ipsos* sur les conséquences économiques du retrait du glyphosate, les agriculteurs les plus dépendants au glyphosate sont ceux qui pratiquent l’agriculture de conservation des sols (2% des hectares). Autrement dit, ceux qui ne travaillent pas leur sol afin, notamment, d’augmenter le taux de matières organiques et de limiter le ruissellement de l’eau. Pour cela, ils doivent implanter des couverts végétaux pendant l’interculture. Ces couverts sont ensuite éradiqués grâce à un désherbant, généralement du Roundup, afin de pouvoir semer.

Trois agriculteurs sur quatre interrogés par Ipsos considèrent que les herbicides à base de glyphosate sont des outils indispensables à l’agriculture recourant à la conservation des sols. Cependant, le Roundup a quelques équivalents respectueux de l’environnement. Le plus en vue reste le Beloukha, à base d’une molécule d’huile de colza, autorisé depuis janvier 2015 et commercialisé par la société Jade.

Les agriculteurs en labour sont moins dépendants

Dans les systèmes de culture dits “simplifiés” (40% des hectares), la dépendance est également élevée. Cette pratique agricole consiste elle aussi à limiter le labour, tout en favorisant la rotation des cultures.

A l’inverse, dans les grandes cultures en labour (58% des hectares), les agriculteurs n’utilisent la substance que ponctuellement. D’une manière générale, le glyphosate est utilisé, dans 80% des cas, pour nettoyer le sol avant de semer. C’est pourquoi son usage est essentiellement saisonnier et non récurrent (1,2 traitement par an en moyenne).

Utilisation sur les sites industriels

En tout, le glyphosate est utilisé sur 33% de la surface agricole française. S’ajoutent à cela les industriels (raffineries, centrales électriques, etc.), qui désherbent sur leurs sites . Les raisons sont esthétiques mais surtout liées à la sécurité : l’herbe sèche peut par exemple prendre feu.

Pour rappel, l’utilisation du glyphosate par les particuliers sera interdite à partir du 1er janvier 2019. Elle est bannie depuis le 1er janvier 2017 dans les espaces ouverts au public des collectivités.

 

Nicolas Hulot ne se rendra pas au salon de l’agriculture, au grand regret de Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, premier syndicat d’agriculteurs. “Je préfère dialoguer loin des regards et des caméras”, a t‐il déclaré à ce sujet.

*Une étude menée par Ipsos, publiée à l’automne, sur les conséquences économiques d’un retrait du glyphosate du marché français. Pendant plusieurs mois, l’institut à interrogé 904 agriculteurs et une dizaine d’experts agricoles, industriels et institutionnels interrogés, sous couvert d’anonymat.