Salon de l’agriculture : «On a l’habitude de voir les politiques défiler»

Alors que les leaders politiques défilent au salon de l'agriculture, les éleveurs interrogés n'attachent pas beaucoup d'importance à ces visites.

Les bottes dans le fourrage, Max s’inquiète pour Caline, sa belle vache de race simmental qui est légèrement souffrante. “Elle a un peu de température, elle ne s’est pas remise de la visite du président Macron”, s’amuse cet éleveur jurassien de 34 ans. 48 heures après qu’Emmanuel Macron a arpenté pendant douze heures les travées du salon de l’agriculture, les éleveurs présents lundi 26 février ne sont pas accostés par des politiques ce jour‐là. Mais ils s’attendent à la venue d’autres leaders.

Comme chaque année, ce sera l’embouteillage. François Bayrou a prévu de s’y rendre mardi 27 février, Marine le Pen le lendemain. Laurent Wauquiez viendra lui sur les deux jours, d’abord en tant que président de la région Rhône‐Alpes‐Auvergne puis en tant que leader du parti les Républicains. Un défilé qui laisse dubitatif les éleveurs.

“Le gouvernement nous abandonne”

On est toujours content de leur présenter nos bêtes mais il faut qu’ils nous aident davantage car on survit”, se lamente Samuel Ramon, éleveur d’un cheptel de race Prim’Holstein dans le Pas‐de‐Calais. Casquette rouge vissée sur la tête et doudoune bleue sans manches, il raconte que sa famille participe depuis 18 ans au salon. Mais cette année, il juge la grogne particulièrement forte.

Les agriculteurs craignent notamment une arrivée massive de viande bovine sud‐américaine si un accord entre l’Union Européenne et le Mercosur était signé. “On va importer des tonnes de bœuf sud‐américain qui ont des normes sanitaires beaucoup moins fortes, et ça va faire chuter les prix”, s’inquiète Sébastien Poncet, éleveur en Isère, qui reproche au gouvernement “d’abandonner” la filière bovine.

“Wauquiez est plus attentif à nos problèmes”

Un ressentiment sur lequel veut capitaliser l’opposition politique, d’autant que le vote agricole penche majoritairement à droite. Selon un sondage BVA publié quelques jours avant l’élection présidentielle de mai dernier, 41,5% des agriculteurs avaient l’intention de voter pour François Fillon et seulement 14,5% pour Emmanuel Macron.

Laurent Wauquiez s’affiche ainsi régulièrement en défenseur de la ruralité, comme lors de son passage au sommet de l’élevage à Clermont‐Ferrand (Puy‐de‐dôme) en novembre dernier. L’ancien maire du Puy‐en‐Velay (Haute‐Loire) avait notamment annoncé la construction d’une halle supplémentaire de 10.000 m². A la veille de sa venue au salon de l’agriculture, les agriculteurs affichent une certaine bienveillance à son égard. “On sent que Wauquiez est plus attentif à nos problèmes, mais il ne peut pas faire grand chose pour nous car il n’est pas au pouvoir”, se désole Frédéric Gentil, éleveur de Charolaises en Vendée.

“Uniquement de la communication”

“A chaque fois on a l’habitude de voir les politiques défiler, mais on a l’impression que c’est uniquement de la communication !”, souligne Sébastien Poncet en remuant énergiquement le fourrage de ses bêtes. Alors que les agriculteurs bénéficient d’une forte popularité dans l’opinion — 88% des Français ont une bonne image de la profession d’agriculteur, selon un sondage Odoxa paru dans “le Figaro” vendredi dernier — , le salon de l’agriculture est en effet un passage quasi obligé pour les politiques.

A la veille des visites de plusieurs leaders, les discussions entre éleveurs ne portent en fait pas beaucoup sur les différentes personnalités qui viendront les rencontrer. Toujours au chevet de Caline, Max assure : “De toute manière demain, il y a quelque chose de plus important pour moi : le concours de la plus belle vache.