Elections en Italie : qui se cache derrière la grande coalition de droite ?

Du nord au sud de la péninsule, plusieurs manifestations des mouvements d’extrême droite se sont tenues ce weekend, entraînant des heurts avec la police et les militants antifascistes. A une semaine des élections législatives, les partis de droite bombent le torse et se préparent à régner.

La coalition des droites est en marche vers le pouvoir en Italie et profite de l’ambiance délétère qui touche le pays. Les partis de droite avoisinent désormais les 40% des intentions de vote. Une majorité absolue qui va lui ouvrir les portes du Palais Chigi, le siège de la présidence du conseil. Forza Italia, la Ligue du Nord, Fratelli d’Italia, Forza Nuova : les partis de droite et d’extrême droite se livrent à une surenchère de propositions pour freiner l’immigration et remporter la tête de la coalition.

Ligue du Nord : l’heure de gloire de Matteo Salvini

Lors de son meeting du samedi 24 février à Milan, le leader du parti d’extrême droite de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, a soigné son entrée. C’est sur l’aria « Nessun dorma » et son épique « vincerò » que le favori de l’élection est monté sur le podium, sa fille de cinq ans dans les bras. Devant plus de 15 000 personnes, le quadragénaire a martelé son programme sécuritaire et ses mesures visant à stopper l’immigration.

Pour Christophe Bouillaud, professeur agrégé de sciences politiques à l’Institut Politique de Grenoble et spécialiste de la Ligue du Nord, “Matteo Salvini part d’une situation très extrémiste et est, lui-même, un personnage très extrême”.

Lorsqu’il a arraché la Ligue du Nord en 2013 des mains de son fondateur Umberto Bossi, le parti était au plus bas avec un score de seulement 4,1% aux dernières élections. “Matteo Salvini est en campagne depuis 2013. Il est jeune, agressif, et tout le temps suir les plateaux de télévision”, observe Christophe Bouillaud. “En disant du mal des étrangers, il arrive a fédérer le nord et le sud, alors que son parti est à l’origine un parti indépendantiste du nord”.

Aujourd’hui, il est aux portes du pouvoir mais un obstacle de taille lui barre la route : le retour du Cavaliere, Silvio Berlusconi.

Forza Italia : Sivlio Berlusconi, “le présent éternel”

Il a mené campagne essentiellement sur les plateaux de télévision et s’écharpe depuis son retour avec Matteo Salvini pour savoir qui prendra la tête du pays en cas de victoire de la coalition. Inéligible jusqu’en 2019 en vertu d’une condamnation pour fraude fiscale, Silvio Berlusconi est pourtant le leader de la coalition donnée favorite aux élections législatives. Avant son retour, son parti Forza Italia était tombé sous la barre des 10% d’intention de vote. “Sans Berlusconi en tête de gondole, le parti avait perdu toute existence comme force locale. Mais depuis qu’il est revenu, le parti gagne au niveau local, comme en Sicile, et au niveau national il fait un score extraordinaire dans les sondages ” rapporte Christophe Bouillaud.

Silvio Berlusconi, mars 2017.

Le Cavaliere a repris un des thèmes chers à l’extrême droite italienne : l’enjeu immigration. “Forza Italia et Berlusconi sont propriétaires de l’enjeu autour de l’immigration et de l’enjeu autour de l’Europe. Ce sont les premiers en Italie à avoir mis sur la table ces questions-là. Comme en France par exemple, où le Front National est propriétaire de l’enjeu de l’immigration” constate le professeur spécialiste de l’Italie. Silvio Berlusconi s’est lui engagé à “expulser 600 000 immigrés qui sont contraints de commettre des délits pour manger.

Fratelli d’Italia : Giorgia Meloni et le fascisme assumé

Dernier héritier du MSI, mouvement social fondé par les rescapés du fascisme après la seconde guerre mondiale, le parti Fratelli d’Italia se qualifie lui-même de “postfasciste”. Sa présidente,  Giorgia Meloni, a fait ses classes dans les jeunesses du MSI dans les années 1990.

Ancienne ministre pour la Politique de la jeunesse dans le gouvernement de Silvio Berlusconi en 2008, elle s’était insurgée contre le “caractère factieux des livres d’école”. Le parti avait obtenu 1,96% aux législatives de 2013. Selon les sondages, il pourrait doubler son score et permettre à la coalition d’obtenir la majorité absolue au Parlement. Le parti joue sur la situation particulièrement difficile que connaît l’Italie depuis près de vingt ans et surfe sur la crise migratoire qui touche le pays depuis 2015. “Il y a une montée de l’extrême droite de rue, notamment contre les personnes qui aident les migrants. Pour ces gens-là, Salvini est encore trop modéré” reconnaît Christophe Bouillaud.

CasaPound et Forza Nuova : les fascistes qui préfèrent rester en marge.

Ces deux mouvements ne participent pas à la grande coalition de la droite. A l’origine, CasaPound était un centre social à Rome, spécialisé dans le “fascisme social”, le “fascisme de terrain”, selon les mots de Christophe Bouillaud.

Local de Casa Pound à Rome.

Le 8 février dernier, à l’occasion de l’invitation d’un parlementaire de la Ligue du Nord, le fondateur de CasaPound, Simone Di Stefano a tenu une conférence de presse dans l’enceinte de la Chambre des députés. Il en a profité pour énumérer les différents points de son programme et sa mesure phare : une réexpédition des migrants irréguliers par charter, “à raison de mille par jour et au besoin en y envoyant des militaires italiens pour imposer le retour”.

Pour son fondateur Roberto Fiore, le parti Forza Nuova se présente comme celui des “fascistes du IIIème millénaire”. Les militants de Forza Nuova sont souvent impliqués dans des affrontements avec les militants anti-fascistes et activistes de gauche. Ouvertement néo-fasciste, le parti a apporté son soutien à Luca Traini, l’auteur de la fusillade de Macerata. Interrogé par le journal italien Corriere della Serra, Roberto Fiore avait fait polémique en déclarant : “Je ne suis pas Hitler. Je n’ai jamais été nazi. Fasciste, en revanche, oui.