Il n’existe plus de vrais chevaux sauvages depuis près de… 5000 ans !

Le cheval de Przewalski, dont il ne subsiste que 2 000 individus essentiellement en Mongolie, ne doit plus être considéré comme le dernier équidé sauvage. Non, il s'agit en fait d'un descendant direct ... du premier cheval domestiqué !

L’évolution des chevaux se retrouve les quatre fers en l’air. Une équipe de chercheurs du CNRS et de l’université Paul Sabatier, menée par Ludovic Orlando, étudiait depuis trois ans le génome du cheval de Botaï. Considéré jusque‐là comme le tout premier cheval à avoir été domestiqué, il passait pour l’ancêtre de nos montures actuelles. Les scientifiques ont finalement réalisé une bien surprenante découverte … Non seulement le Botaï ne serait pas le parent de nos équidés domestiques, mais il aurait pour descendant direct le cheval de Przewalski, considéré comme la dernière espèce sauvage !

L’évolution du cheval renversée

Des traces archéologiques mises au jour au cours des années 80 dans le Botaï, au Nord du Kazakhstan, témoignent de la première domestication connue du cheval, vieille de 5500 ans. « À Botaï, les archéologues ont trouvé des poteries ayant contenues du lait de jument, mais aussi des dents de chevaux marquées de traces d’usures, qu’ont pu causer des mors, rappelle Ludovic Orlando, et notre équipe a également révélé l’existence d’enclos ». Il était donc acquis que les chevaux domestiques descendaient de cette période.


Site de fouille de Botai, au nord du Kazakhstan, en 2017.
Alan Outram / University of Exeter

Mais les résultats de l’équipe coordonnée par Ludovic Orlando, directeur de recherche au CNRS et professeur d’archéologie moléculaire, renversent ce dogme. Leur objectif était de comprendre l’évolution du cheval entre sa domestication il y a plus de cinq millénaires et aujourd’hui. Pour cela, impossible de remonter l’arbre généalogique depuis les branches actuelles. Il faut partir des racines, des premiers chevaux domestiqués. Des examens de l’ADN des restes de chevaux trouvés à Botaï sont donc réalisés. Le résultat surprend au plus haut point les chercheurs, qui pensent d’abord à une erreur d’analyse. « Les gènes des chevaux de Botaï que nous avons analysés ne se retrouvent qu’à 2,7 % dans l’ADN de nos chevaux domestiques actuels, souligne le chercheur. Et même, ces traces génomiques de Botaï sont aussi faibles dans l’ADN de chevaux vieux de 4 000 ans ». Il est donc très improbable que BotaÏ ait engendré nos chevaux domestiques, comme nous le pensions. Cela signifie qu’il y a 4 à 5 000 ans, un autre processus de domestication du cheval aurait eu lieu.

Au contraire, les études génomiques ont révélé que le cheval de Przewalski descend directement du Botaï ! Après avoir frôlé la disparition il y a quelques années, cette espèce dont il ne reste que 2 000 individus dans les steppes mongoles a été érigée comme une espèce à défendre, considérée comme la dernière branche sauvage de la race équine. Le Przewalski est donc descendu d’un cheval domestiqué avant de revenir à l’état sauvage.

Des chevaux de Przewalski, dans une réserve de réintroduction en Mongolie
Ludovic Orlando / Natural History Museum of Denmark / CNRSPour comprendre l’histoire de la domestication du cheval, il faut donc repartir de zéro. C’est ce à quoi veut s’atteler Ludovic Orlando. « Maintenant, on ne peut pas s’empêcher d’aller tenter de trouver cet autre processus de domestication originel », confie le chercheur, qui ne dissimule pas une certaine excitation face à cet arbre généalogique qui reste à comprendre. « Le cheval est, selon moi, l’espèce qui a le plus influencé l’Homme au court de l’histoire : guerre, transport, communication … L’Histoire humaine, c’est l’histoire du cheval ».