L’«effacement», joker du réseau électrique français contre le black‐out

L'effacement est sous les projecteurs en hiver car il permet au gestionnaire du réseau de transport d'électricité d'éviter les coupures. Utilisé toute l'année, c'est aussi un allié de la transition énergétique.

A cause du froid, le pic de consommation électrique de l’hiver devrait être atteint ce mardi à 19h, à 93 000 MW. “Malgré des températures de -9°C à -10°C en dessous des normales de saison ces trois prochains jours, nous n’avons n’a pas d’inquiétude particulière concernant la sécurité de l’alimentation électrique de la France cette semaine”, a indiqué le gestionnaire du réseau électrique français (RTE), lundi à l’AFP.

Pour éviter le black‐out hivernal, RTE a plus d’un tour dans son sac. Il peut importer de l’électricité étrangère, grâce à ses interconnexions avec l’Allemagne, l’Angleterre ou encore la Belgique. La France peut ainsi mobiliser entre 7 000 et 9 000 MW* de capacités électriques.

Il peut également en appeler au bon sens des citoyens. Le groupe public a ainsi recommandé aux usagers de réduire leur consommation durant les heures de pointe (8 heures‐13 heures et autour de 19 heures). RTE peut aussi baisser la tension électrique de 5% — et potentiellement libérer 4000 MW sur tout le pays — mais ce remède exceptionnel n’est pas nécessaire pour l’instant.

Il a une autre botte secrète : l’effacement. Pour ce faire, il demande à certains consommateurs — industriels compris — de réduire leur consommation pendant un temps donné. Comme l’année dernière, l’effacement disponible cet hiver tourne autour des 3 150 MW. CFJ News vous explique l’essentiel sur ce joker de RTE.

  • L’effacement, qu’est-ce que c’est ?

Pour faire de l’effacement, RTE achète en quelque sorte la flexibilité des consommateurs. C’est particulièrement intéressant pour le réseau quand il s’agit de grands industriels ou de collectivités publiques énergivores. Le gestionnaire de réseau ne leur demande pas de ne pas consommer, mais de reporter leur consommation à plus tard.

Aujourd’hui, RTE passe le plus souvent par des intermédiaires, dits “agrégateurs d’effacement”. Ce sont par exemple des start‐up ou des spin‐off d’énergéticiens qui mutualisent la flexibilité des consommateurs. Le marché français de l’effacement industriel fait rêver les nouveaux venus tels que NextFlex (Engie) mais reste dominé par Energy Pool, Smart Grid Energy (Vinci), Actility et Novawatt.

  • L’effacement diffus coûte cher

Il existe aussi un marché de l’effacement dit diffus, très polémique. Cela consiste pour les particuliers à être rémunérés pour réduire ou couper momentanément leur consommation de courant. Un boîtier installé chez les volontaires déclenche, en cas de pics, des coupures temporaires des radiateurs et chauffe‐eau. Problème : l’effacement diffus est accusé d’être un “aspirateur à subventions” et de coûter cher aux contribuables.

Ce marché de l’effacement diffus est dominé par Voltalis. Son business‐model consiste à vendre à RTE la consommation évitée lors des pics, au prix spot (prix journalier, plus élevé lors des pics). “L’autre grand gagnant de l’effacement diffus, dénonce UFC‐Que Choisir, c’est le gestionnaire du réseau électrique, ERDF. Il évite ainsi de lourds investissements pour remettre le réseau à niveau.”

Néanmoins, selon l’Agence de l’énergie (Ademe), des coupures de chauffage et de l’eau chaude de 15 à 20 minutes par heure générerait une économie moyenne de 5 à 8% de la consommation totale journalière.

  • Un allié de la transition énergétique

L’objectif premier de l’effacement n’est pas « de réaliser des économies d’énergie, explique l’Ademe dans une étude, mais de consommer au bon moment afin d’apporter davantage de flexibilité au réseau électrique confronté à des pics de demande importants, ainsi qu’à la variabilité de la production à partir d’énergies renouvelables ». Il est donc aussi un allié de la transition énergétique : en dehors des périodes de grand froid, l’effacement permet de mieux intégrer les énergies renouvelables intermittentes sur le réseau, telles que le solaire et l’éolien.

Plus le parc renouvelable français augmentera, plus l’effacement sera utile pour se déporter sur des période de production “verte”. Pour rappel, la loi de Transition énergétique de 2015 fixe l’objectif de 32% d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale en 2030, contre environ 15% actuellement.

D’après la programmation pluriannuelle de l’énergie, la France doit atteindre les 5 GW en 2018 et les 6 GW en 2023. Il y a encore du chemin à faire : en 2016, RTE chiffrait ses capacités d’effacement à seulement 3 GW (contre 6 GW en 1997, à une époque où le tissu industriel tricolore était bien différent). Il faut donc rendre encore plus incitatif ce mécanisme pour les entreprises. D’après l’Agence de l’énergie, cela n’est possible que si on rémunère mieux l’effacement, à au moins 60 euro par kilowattheure par an.