Pourquoi la gauche boude le salon de l’Agriculture

Plusieurs personnalités politiques de droite ou du centre ont visité le salon de l'Agriculture ce mardi.

Laurent Wauquiez, Florian Philippot, Édouard Philippe… Les personnalités politiques se sont succédé au salon de l’Agriculture ce mardi 27 février, avant la venue notamment de Marine le Pen mercredi. Mais aucun représentant de gauche ne participe à ce défilé habituel.

Une partie de la gauche est en opposition au modèle productiviste agricole actuel”, explique le politologue et chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches de Sciences Administratives et Politiques (CERSA) Olivier Rouquan. En pleine campagne présidentielle, Jean‐Luc Mélenchon avait d’ailleurs préféré consacrer une journée à l’environnement et au développement durable au lieu de se rendre au Salon de l’agriculture. Cette fois, le leader de La France insoumise est en Guyane depuis le lundi 26 février pour soutenir le candidat aux législatives partielles du dimanche 4 mars.

Des occasions ratées

Aujourd’hui, le vote des agriculteurs penche majoritairement à droite. En avril dernier, 41,5 % des agriculteurs avaient l’intention de voter pour François Fillon. Pourtant, les politiques de gauche ont eu des occasions d’attirer une partie du vote agricole par le passé. “Dans les années 60, il y a eu des mouvements au sein des travailleurs agricoles pour revendiquer davantage d’autonomie et une agriculture moins intensive”, rappelle Olivier Rouquan. La gauche était alors favorable à ces revendications mais ce soutien s’est vite estompé.

A partir des années 80, il y a eu un manque de volonté et d’imagination des politiques de gauche. Ils auraient pu sensibiliser les agriculteurs à certaines causes écologistes mais au final ils n’étaient pas assez à l’écoute des revendications des agriculteurs”, poursuit le chercheur. Le monde agricole est également touché depuis plusieurs années par une crise économique, que les différentes réformes de la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne ne parviennent pas à résoudre. Mais la gauche ne parvient pas à capter le désarroi de nombreux agriculteurs.

Cette année 2018 est aussi marquée par une désorganisation de la gauche qui est affaiblie. Les socialistes sont notamment en pleine préparation de leur congrès, pendant lequel sera élu le 29 mars prochain le premier secrétaire du PS. Stéphane Le Foll, ancien ministre de l’Agriculture, se consacre en ce moment exclusivement à cette bataille interne puisqu’il est l’un des quatre candidats. S’il a publié le 4 octobre dernier un livre La première graine (éd Calmann‐Levy), dans lequel il s’intéresse à l’avenir de la filière agricole, il ne s’est pas exprimé une seule fois depuis l’ouverture du salon de l’Agriculture le samedi 24 février.

Concilier agriculture et écologie

Les seules périodes où la gauche parvient à parler aux agriculteurs sont les périodes de pouvoir. Pendant le précédent quinquennat, François Hollande s’était rendu chaque année au salon de l’Agriculture et y avait même passé dix heures l’année de son élection. Le ministre Stéphane le Foll a également arpenté chaque année les travées de la porte de Versailles. “Il s’était progressivement ouvert à des techniques industrielles”, explique Olivier Rouquan.

La gauche n’est donc pas parvenue à imaginer un projet qui rende conciliable écologie et agriculture. Preuve de cette difficulté : un ministre de poids fera d’ailleurs l’impasse sur le salon de l’agriculture, Nicolas Hulot, militant écologiste de longue date.