Réchauffement climatique : pourquoi on en parle si mal

Vague de froid, COP 21, tempêtes... Le réchauffement climatique parsème notre fil d'actualité quotidien mais il fait rarement la une autrement qu'à travers des événements ponctuels - et qui n'ont pas toujours la place qu'ils méritent. Nous avons tenté de comprendre pourquoi.

Depuis plusieurs jours, on ne parle que de ça. Points météo qui rappellent chaque demi‐heure les températures frigorifiques, communiqués de la préfecture qui recommandent de ne pas trop pousser le chauffage chez soi, articles divers sur la meilleure façon d’éviter les engelures. La France est frappée par une vague de froid venue tout droit de chez nos voisins russes, et il faut sans doute vivre en ermite pour ne pas l’avoir remarqué.

Ce que l’on sait moins, c’est que dans le même temps, l’Arctique connaît une température de 0°C, soit 25 degrés de plus que les normales de saison. Un phénomène jugé “exceptionnel” par les scientifiques. Bien sûr, ce phénomène en Arctique a été évoqué dans plusieurs médias. Mais le lien entre celui‐ci et la vague de froid en Europe a rarement été fait. Et encore moins avec le réchauffement climatique.

Aux Etats‐Unis, l’association américaine Public Citizen a mené une étude sur le traitement du réchauffement climatique par les médias. Elle montre que seuls 9% des articles traitant d’événements climatiques extrêmes — tempêtes, inondations, incendies — reconnaissent le réchauffement climatique comme l’une des causes possibles du phénomène. Pour les ouragans et les cyclones, on tombe à 4%. C’est un peu plus pour les épisodes de canicule, associés dans 33% des cas au réchauffement de la planète. Mais la plupart du temps, aucun lien n’est fait entre ces deux réalités.

Scientifiques (ou) médiatiques

Dans la communauté scientifique, le consensus est pourtant très large sur cette question. “Et nous sommes largement sollicités par les médias, jusqu’à plusieurs fois par semaine”, explique Robert Vautard, climatologue et physicien. “Mais ce qui manque, c’est le fond. On nous sollicite pour réagir deux ou trois minutes à l’antenne, pour répondre à des questions sur‐le‐champ lorsqu’il y  a un événement. Mais il faudrait traiter de la façon dont on travaille, de comment on arrive de manière certaine à ces résultats”.

Robert Vautard est conscient que l’explication des travaux scientifiques qui prouvent le réchauffement climatique n’est pas “attractif pour le public”. Il pointe aussi du doigt une forme de scepticisme qui empêche d’avancer sur la question. “Je crois qu’on prend encore trop souvent les résultats scientifiques pour des opinions. (…) Il faut montrer que nous ne sommes pas seulement une science médiatique”.

Le syndrome de l’autruche

Il est difficile d’ignorer un phénomène qui, par sa nature‐même, touche la planète entière : catastrophes naturelles, disparition d’espèces, blanchissement des coraux, sans parler des flux migratoires de populations qui risquent de s’accentuer dans les prochaines décennies avec l’épuisement des ressources naturelles. Pourtant, c’est bien ce que nous faisons si l’on en croit le militant écologiste britannique George Marshall. Auteur d’un livre récent intitulé à juste titre “Le syndrome de l’autruche, pourquoi notre cerveau veut ignorer le changement climatique”.

L’auteur y soutient que si l’on continue à occulter la réalité du réchauffement, c’est parce que nos instincts défensifs nous poussent à le faire. Une sorte de déni en fin de compte. Et cela concernerait tout le monde, aussi bien les dirigeants politiques que les simples citoyens.

En 2015, un sondage Ipsos révélait que 90% des Français ont conscience de la réalité du réchauffement climatique. Mais 51% d’entre eux se considèrent mal informés sur le sujet, et 59% estiment même que les conséquences du phénomène sont sous‐estimées.