Rédoine Faïd, un braqueur qui s’imaginait acteur

"L'acteur-braqueur" Rédoine Faïd est jugé en appel à partir du 27 février pour le meurtre de la policière Aurélie Fouquet, en mai 2010.

Le 4 juillet 2009, Michel Mann vient donner “une leçon de cinéma” à la Cinémathèque de Paris. Le réalisateur américain de film d’action (Heat, Collatéral, Public Enemies…) échange avec le public venu nombreux. Un spectateur au crâne parfaitement lisse, à l’aube de la quarantaine, s’empare du micro. “Moi personnellement, je suis un ancien gangster. Je viens de faire une dizaine d’années de prison. J’ai attaqué des fourgons blindés, des bijouteries…” La gêne s’installe dans la salle. “Récemment un journaliste m’a dit que j’étais un autodidacte. Je lui ai répondu que non, j’avais un conseiller technique, un prof de fac, une sorte de mentor, et il s’appelle Michael Mann”. Sourire crispé du réalisateur.

En 2009, Rédoine Faïd profite d’une libération conditionnelle. Il se présente fièrement à la Cinémathèque ou dans des médias, comme un bandit repenti, n’hésitant pas à faire de nombreux parallèles entre son passé et des films d’action hollywoodiens. Avec son sourire de séducteur et son parler juste, le truand tente d’absoudre ses péchés sous les projecteurs des plateaux télé. Invité de toutes les chaînes, il promet d’avoir “tourné la page”. “C’est mieux comme ça”, assure t‑il.

https://www.youtube.com/watch?v=F8syAuFyCFg&t=13s

Neuf ans plus tard, il se retrouve devant la cour d’assise d’appel de Paris. Accusé du meurtre d’Aurélie Fouquet, policière de 26 ans, intervenue après le braquage raté d’une fourgon blindé sur l’A4.

Une vie digne d’un film d’action à grand budget

En avril 2016, la Cour d’assises de Paris condamne à 18 ans de prison ferme Rédoine Faïd, considéré comme “l’organisateur” et “le recruteur” d’une “opération de guerre”. Sept autres accusés écopent de peines allant d’un à trente ans de prison. Malgré la lourdeur du verdict, la mère de la jeune victime dénonce “la chape de plomb” qui avait pesé sur le procès. Le parquet a fait appel. Le procès en appel permettra t‑il de lever ce voile qui couvre souvent les affaires de grands banditisme ?

La personnalité de Rédoine Faïd sera en tout cas de nouveau minutieusement examinée. Présenté comme le “dénominateur commun” du groupe d’accusés aux casiers judiciaires longs comme plusieurs bras, son parcours et ses motivations continuent d’intriguer, de fasciner parfois.

Rédoine Faïd, c’est une vie romanesque, digne d’un film d’action américain à grand budget. Avec des braquages à la kalachnikov,  des explosions de fourgons blindés et une rocambolesque évasion en guise de conclusion. Une vie qu’il a racontée dans un livre écrit lors de sa libération, Braqueur, des cités au grand banditisme, sortie en 2010 aux éditions La manufacture des livres.

Rédoine Faïd est né en 1972 à Créteil (Oise). C’est dans cette ville qu’il va commettre son premier vol, à l’âge de six ans, dans un centre commercial avec “trois potes du quartier” . “C’est exactement la scène de Sleepers avec Robert de Niro : un mec pique un truc dans un magasin, le patron le poursuit, et pendant ce temps là, ses potes pillent sa boutique”. Le cinéma, déjà.

En 1990, “l’acteur-braqueur” fête ses 18 ans et décide de braquer une agence du Crédit du Nord pendant ses heures de cours. Résultat : il obtient le surnom de “Doc”, une référence au personnage principal du film de Guet-Apens, incarné en 1972 par Steve McQueen.

Les braquages s’enchaînent. En 1995, avec plusieurs malfaiteurs revêtus de masques à l’effigie d’hommes politiques, il prend en otage la famille du directeur de la BNP de Creil. Avec l’argent qu’il vole, Rédoine Faïd flambe et prend modèle sur les héros de cinéma. “On est allés à Las Vegas et on s’est pris la suite qu’on avait vue dans Rain Man avec Dustin Hoffman et Tom Cruise à 3500 dollars la nuit”, s’amuse le truand dans son autobiographie.

Le film “Heat” de Michael Mann lui donne des idées. “Je rêvais de me faire un fourgon, il m’a donné le mode d’emploi”. Rédoine Faïd revoit le film sept fois au cinéma et une centaine de fois en DVD.  Il copie les techniques utilisées dans la fiction, allant jusqu’à porter des masques de hockey sur la tête le jour de l’attaque du fourgon.

“Vous n’allez pas vous faire tuer pour 1 500 euros par mois”

Il est rattrapé par la police en 1998 et condamné pour violence aggravée, séquestration, tentative ou vol avec arme et en bande organisée…

Contrairement à ses promesses, Rédoine Faïd ne se met pas en retrait du grand banditisme après sa libération conditionnelle accordée en 2009. Le 19 mai 2010, Aurélie Fouquet est retrouvée criblée de balles. En juin 2011, le bandit est arrêté après avoir été dénoncé.

Mais le film d’action ne pouvait pas s’arrêter là. Le 13 avril 2013 à 8 heures 30 du matin, les gardiens de la prison de Sequedin (Nord) viennent le chercher dans sa cellule. Rédoine Faïd sort une arme et les prend en otage. “Vous n’allez pas vous faire tuer pour 1 500 euros par mois”, prévient le prisonnier tout en tirant une fois en l’air pour prouver que l’arme n’est pas factice. A l’aide d’explosif, il s’attaque à quatre portes blindées. Parvenu à l’extérieur, il relâche deux otages. Des complices l’attendent sur l’A25.

Plus d’un mois plus tard, la police l’interpelle en Seine-et-Marne. Condamné à dix ans ferme pour son évasion, Rédoine Faïd pourrait voir le film de sa vie se terminer en prison.