Réseau social Véro : comment la folie est retombée en moins de 24 heures

Les influenceurs français ont adopté le nouveau réseau social Vero très rapidement, pour mieux le délaisser 24 heures plus tard. En cause : des promesses non tenues et un dirigeant sulfureux.

Entre amour un jour et haine le lendemain, c’est l’histoire d’un des “buzz” les plus courts de l’histoire des réseaux sociaux. Lundi 27 février, les médias français découvraient Vero, un nouveau réseau social “véritablement social”, “révolutionnaire”, “éthique” et “authentique”, “qui veut remplacer Instagram”.

L’idée fondatrice du nouveau venu, exprimée dans un manifeste, prend à contre pied les réseaux sociaux actuels. Il propose une interface “sans publicité”, “sans algorithme” intrusif et “sans collecte ni vente de données personnelles”. Mardi, l’application gratuite était la plus téléchargée sur l’App Store et se trouvait à la vingtième place sur Google Play. Mardi soir, les internautes découvraient l’envers du décor, supprimant leurs comptes en masse. En 24 heures, Vero était victime d’un désamour massif des influenceurs français. 

La Youtubeuse @eppcoline et son ascenseur émotionnel pour Vero, expliqué dans sa story Instagram

La vague médiatique est partie des Etats‐Unis. Créé en 2015, le réseau social Vero n’a connu un envol spectaculaire qu’après une vaste opération marketing auprès d’influenceurs américains, qui en ont fait la promotion dans leurs “storie“s Instagram. Parmi eux, WeeklyChris (2,2 millions d’abonnés sur YouTube, 3,5 sur Instagram), ou l’acteur Ray Fisher, Cyborg dans le film Justice League

La plateforme aurait gagné plus de 600.000 utilisateurs en l’espace de 24 heures, selon l’un de ses fondateurs qui s’est exprimé sur Twitter. Le service ayant vocation à être payant après la barre du premier million d’inscrits dépassée, ils enjoignaient leurs followers à s’inscrire rapidement. Le coup de com’ est réussi : l’écho de son succès arrive en France, touchant les internautes français, intrigués par le concept. Face au nombre de téléchargements soudain et massif, victime de son succès, les serveurs de Vero sont vite saturés. Les utilisateurs s’inscrivent mais ne peuvent rien publier. 

Résultats : de mauvaises notes sur les pages de téléchargement, et des commentaires désastreux sur les réseaux sociaux.

Entre temps, les internautes français ont découvert la vérité sur le fondateur de Vero (“vérité” en latin”). C’est l’homme d’affaires libanais Ayman Hariri, fils de Rafic Hariri, le premier ministre du Liban assassiné en 2005. C’est aussi le frère de Saad Hariri, premier ministre libanais également dirigeant de Saudi Oger, une entreprise saoudienne de BTP. Problème : cette entreprise, dont Ayman est lui‐même le vice‐président, est dans le collimateur des autorités françaises et saoudiennes. Les salariés français lui réclament près de 15 millions d’euros en arriérés de salaires qui n’ont jamais été réglés. Ayman Hariri possède lui‐même une fortune estimée à plus d’un million d’euros.

Les influenceurs français ont vu rouge : “Super, l’ascenseur émotionnel du truc qui a l’air vachement chouette de prime abord et qui, en 4 tweet et 6 stories et 800 bugs et 23 scandales plus tard, le tout en 24 heures, devient tout pourri.” déplore Coline, de la chaîne Youtube eppcoline aux 295 466 abonnés. Elle l’a découvert sur Twitter, et après avoir recommandé à ses abonnés de tester et de la suivre sur Vero une fois qu’elle aurait “compris comment ça marche”, finit par l’abandonner. Même chose pour Jihem Doe, youtubeur de plus de 25 000 abonnés, attiré d’abord par le côté “sans pub” de Vero, comme il l’a expliqué dans sa story Instagram.

Le youtubeur Jihem Doe fait part de son envie de quitter le réseau social… mais la validation du support utilisateur de Vero est nécessaire pour supprimer son compte.

En plus du profil sulfureux de son fondateur, la promesse de ne pas recueillir les données ne semble pas non plus pouvoir être tenue. Vero est autorisé à recueillir les noms, prénoms, téléphones, mails et positions de ses utilisateurs. Elle collecte automatiquement les données de connexion (IP, pages visitées) et s’offre aussi le “droit de conserver tout message envoyé” à travers son service. Le numéro de téléphone est requis pour créer un compte et il n’est pas possible de le modifier ensuite.

Le lecteur attentif qui pense à lire les petites lignes découvre assez rapidement que ces informations peuvent être utilisées afin d’ “améliorer le service” , de “personnaliser les contenus et informations visibles sur l’application” et pour “des services publicitaires”. Des leviers que les fondateurs de l’application assurent ne pas vouloir actionner dans leur manifeste. Des griefs récurrents que les utilisateurs de Facebook et Instagram déplorent.

Vero va‐t‐il compléter la liste des autres réseaux sociaux tombés dans l’oubli presque instantanément ? Avant lui, Diaspora, Ello, Path, Peach, Stolen, Peeple, Mastodon, Sarahah, ou Google+ avaient également connu leur quart d’heure de gloire.