Yves Jégo : «La société évolue donc la loi sur l’euthanasie doit s’adapter»

Le député Yves Jégo fait partie d’un groupe de 156 parlementaires qui souhaitent légiférer sur l’euthanasie pour “donner aux malades en fin de vie” la liberté de choisir leur destin.

L’année 2018 s’annonce chargée en débats de société. Alors que les États généraux de la bioéthique se sont ouverts le 18 janvier dernier dans le but de débattre de la PMA, de la génétique ou encore du handicap, 156 députés signent ce mercredi une tribune dans “le Monde en faveur d’une nouvelle loi pour autoriser l’euthanasie.

Ces parlementaires, qui appartiennent pour la plupart au groupe majoritaire de la République en marche, estiment qu’”il est temps maintenant de sortir de l’hypocrisie qui prive certains d’une aide souhaitée et qui impose à tous une agonie pénible”. Nous avons posé trois question au député UDI de Seine-et-Marne, Yves Jégo, cosignataire de la tribune.

Pourquoi la loi actuelle est-elle insuffisante selon vous ?

La loi Leonetti [voir encadré ci-dessous] ne permet pas à chacun de choisir et ne règle rien pour les cas douloureux. On l’a vu notamment lorsque l’écrivain Anne Bert a décidé à l’automne dernier d’être euthanasiée en Belgique : cela prouve que la loi française n’est plus adaptée. La société évolue et nous devons, nous parlementaires, être en phase avec cette évolution. Je suis profondément libéral et je pense qu’il faut accorder davantage de liberté à mourir aux personnes en fin de vie.

Comment une telle loi s’appliquerait-elle ?

Avant de définir les conditions, un débat national doit s’ouvrir sur ce sujet, notamment en concertation avec les différentes associations, car c’est un sujet sensible et compliqué qui touche à des questions morales, religieuses, etc… Nous pourrions nous inspirer des pays voisins, comme la Suisse et la Belgique, où l’euthanasie est déjà autorisée sous certaines conditions. Il faut bien sûr se prémunir d’éventuelles dérives, et bien fixer le cadre dans lequel un patient en fin de vie peut être euthanasié si cela est son souhait.

Pensez-vous qu’une loi sur l’euthanasie serait acceptée par l’opinion et par une majorité de parlementaires ?

Les sondage montrent que l’opinion évolue et qu’elle est désormais majoritairement favorable à l’euthanasie ou au suicide assisté. Concernant le Parlement, nous sommes aujourd’hui 156 députés de tous groupes politiques confondus à demander à ce qu’un débat s’ouvre sur ce sujet en vue de légiférer. C’est déjà un nombre considérable. Je pense que nous pouvons être une majorité de députés à soutenir et voter une telle loi.


Ce que dit la loi actuelle

L’euthanasie tout comme l’acharnement thérapeutique sont interdits en France, en vertu de la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie, dite “loi Leonetti” et votée en 2005. Cette dernière a été complétée par une petite loi” votée le 2 février 2016 et qui assure de nouveaux droits aux personnes en fin de vie, comme une “sédation profonde et continue jusqu’au décès”. Les directives anticipées, que chacun peut rédiger de son vivant pour exprimer ses volontés concernant sa fin de vie, s’imposent davantage aux médecins grâce à cette loi.