Journée sans Facebook : pourquoi on n’arrive pas à décrocher

Ce mercredi se tient la journée mondiale sans Facebook. En une quinzaine d’années, le réseau social aux 2 milliards d’utilisateurs actifs est devenu pour certains une addiction. Cette journée est une bonne occasion de comprendre pourquoi.

Près de 8 internautes français sur 10 sont inscrits sur un réseau social dont 6 sur Facebook, selon l’étude Social Life 2017 d’Harris Interactive (mars 2017). Le premier réseau social, fondé par Mark Zuckerberg en 2004 aux Etats‐Unis, a réussi en une quinzaine d’années à rassembler plus de 2 milliards d’utilisateurs actifs dans le monde.

Des médecins et chercheurs ont remarqué chez certaines personnes le développement de comportements compulsifs vis à vis du réseau : vérification intempestive de ses notifications, multiplication des likes et des posts, messagerie instantanée toujours active… Bouygues Télécom publiait une étude début février où l’on apprenait même que 41% des Français préféraient se priver de sexe plutôt que d’Internet.

Pour Michael Stora, psychiatre spécialiste d’Internet et auteur du livre Hyperconnexion, l’explication peut se trouver dans le plaisir que l’on éprouve lorsqu’on utilise les réseaux. « Quand on poste un statut, notre cerveau libère de la dopamine, » explique le spécialiste. La dopamine est une molécule que notre cerveau associe au plaisir ou à la consommation de drogues, d’où la possibilité d’un comportement compulsif.

« La tyrannie d’aller bien à tout prix »

Paradoxalement, les réseaux peuvent également avoir des effets « dépressogènes, » selon Michael Stora. Le contenu posté sur Facebook embellit la réalité de la vie des utilisateurs et participe à une « tyrannie d’aller bien à tout prix. » Et pour certaines personnes, cet environnement peut accentuer un manque de confiance en soi et un sentiment de ne pas être à la hauteur.

C’est également ce que reprochait au réseau social son ancien vice‐président en charge de la croissance de l’audience, Chamath Palihapitiya. Il dénonçait en novembre 2017 lors d’un débat à l’université de Stanford la création de « boucles fonctionnant sur la dopamine », alimentées par les boutons « J’aime », « J’adore », etc.

Ces mêmes boutons avaient été la cible des critiques d’un autre membre fondateur et ancien président du réseau social, Sean Parker. Pour lui, Facebook exploite sciemment les vulnérabilités psychologiques humaines en poussant ses utilisateurs à publier régulièrement du contenu pour attirer l’attention mais aussi l’affection de leurs amis virtuels. « Dieu seul sait ce qu’ils (les boutons « J’aime » ndlr) font aux cerveaux de nos enfants”, s’était-il alarmé sur le site Axios en novembre dernier.

Michael Stora souligne aussi un aspect « régressif » des réseaux sociaux, notamment à travers les commentaires encenseurs. Les commentaires des amis virtuels sur le physique ou l’humour renvoient chaque utilisateur à l’état d’enfant en recherche d’approbation.

Aucune méthode générique ne peut permettre de devenir moins accro aux réseaux, selon Michael Stora. « Pour se déconnecter de Facebook, il faut d’abord comprendre ce qui nous pousse à y aller, » explique‐t‐il.