Comment la nouvelle Coupe Davis compte attirer les top players

Présentée lundi, la nouvelle formule de la Coupe Davis à partir de 2019 placera une unique semaine de compétition en fin d'année. Les chiffres montrent l'état de fatigue des tennismen à ce stade de la saison. Mais certains professionnels ne doutent pas d'une adaptation des joueurs. 

Une sorte de Coupe du monde plus courte et plus compacte pour répondre aux plaintes des joueurs. Voilà ce qu’avait en tête la Fédération internationale de tennis en lâchant la bombe d’un nouveau format de Coupe Davis à partir de 2019.

Cette annonce s’apparente à une révolution : une seule semaine de compétition sur terrain neutre en novembre entre dix-huit nations, au lieu de quatre tours (huitièmes de finale, quarts, demies et finale) réparties actuellement pendant des week-ends tout au long de la saison. Les rencontres comporteront deux simples, au lieu de quatre aujourd’hui, et un double. Les matches se joueront enfin en deux sets gagnants et non plus trois.

Depuis plusieurs années, de nombreux joueurs choisissaient de faire l’impasse sur cette compétition historique du tennis. L’ITF ne compte plus le nombre de joueurs parmi les dix meilleurs mondiaux, ceux du dit « top ten », dont c’est le cas. En 2017, ce fut une hécatombe puisque seuls deux joueurs du top ten étaient de la partie : David Goffin et Novak Djokovic. Si bien que le meilleur adversaire battu en simple par la France, lauréate de l’épreuve cette année, était Daniel Evans, un britannique pointant au 44ème rang mondial.

La principale raison avancée pour ces impasses : le calendrier des joueurs, considéré comme trop chargé. En effet, les meilleurs mondiaux, que souhaite attirer l’ITF avec cette nouvelle formule, jouent souvent plus que le reste du circuit professionnel. Si l’on s’intéresse aux dix meilleurs joueurs actuels, ils ont disputé en moyenne 66,1 matchs au cours de la saison 2017 contre 48,3 pour les joueurs classés aujourd’hui de la 11ème à la 50ème place mondiale.

“Les meilleurs joueurs comme Djokovic, Nadal ou Federer ont déjà gagné la Coupe et ont joué pour leur pays, c’est compréhensible qu’ils fassent l’impasse certaines années, nuance Gilles Cervara, entraîneur du russe Daniil Medvedev, 52ème joueur mondial. Ce format plaira peut-être plus à des joueurs voulant privilégier leur carrière en simple.”

Alléger le calendrier

L’ITF prévoit de placer la nouvelle compétition d’une semaine au mois de novembre, à savoir à la fin de la saison des joueurs. Ce n’est pas forcément une meilleure solution. Chaque année, tous les joueurs, les meilleurs en tête, terminent leur saison affaiblis par l’enchaînement des tournois aux quatre coins du globe et des décalages horaires à avaler. Le tournoi de Paris-Bercy, le dernier Master 1000 de la saison, catégorie de tournoi la plus prestigieuse après les Grands Chelems, se déroule chaque année fin octobre-début novembre. Seuls six joueurs du top ten y ont participé en 2017 pour un pauvre bilan de deux d’entre eux en quarts de finale. En cause: la fatigue et les blessures.

Autre statistique illustrant cette fatigue : environ 8 joueurs du top ten ont joué les Master 1000 de la première moitié de saison en 2016 et 2017 contre 6 pendant la deuxième moitié, dont fait partie le tournoi de Paris-Bercy.

Mais le nouveau format a l’avantage d’alléger le calendrier en supprimant les week-ends de Coupe Davis, pas toujours bien placés pendant la saison. En 2018, par exemple, le premier week-end de Coupe Davis se jouait dans la foulée de l’Open d’Australie, le premier Grand Chelem de l’année. Les demi-finales étaient elles prévues la semaine après l’US Open. “Ce sera moins un casse-tête pour les joueurs et les entraîneurs, on aura plus de disponibilités pour gérer certaines plages de repos et d’entraînement, souligne Gilles Cervara. Je ne pense pas qu’une semaine de plus change grand-chose.”

La nouvelle formule attirera aussi peut-être les joueurs grâce à ses gains. Dans l’élaboration de ce projet, l’ITF s’est fait épauler par le groupe d’investissement Kosmos, présidé par le footballeur du FC Barcelone Gérard Piqué. Son apport a notamment été financier avec un “prize money” prévu de 20 millions d’euros pour les joueurs. “Il ne faut pas se mentir, l’argent a quand même un impact, il n’y a pas de honte à le dire”, ajoute Gilles Cervara. Une nouvelle Coupe Davis à la sauce foot qui peut plaire aux joueurs. “Mais je suis d’accord que ça casse le charme de la compétition”, concède l’entraîneur.