Paméla Rougerie, journaliste à Vraiment : «Notre magazine n’aura pas d’orientation politique»

A trois semaines du lancement, Paméla Rougerie, journaliste-reporter au nouvel hebdomadaire, Vraiment, dévoile les contours de ce magazine "déconnecté de l'actualité chaude".

En pleine crise de la presse papier, l’ancien journaliste de France Info, Jules Lavie, lance en kiosque son nouvel hebdomadaire généraliste, Vraiment, le 21 mars prochain. Son concept, un magazine de long formats non partisan, déconnecté de l’actualité chaude pour approfondir et décrire notre monde.

La journaliste‐reporter, Paméla Rougerie, nous dévoile les coulisses de cette aventure et les ambitions de ce nouveau titre.

Quelles différences proposera “Vraiment” par rapport aux autres magazines ?

La grande différence, c’est que l’on ne sera pas éditorialisés politiquement. On ne trouvera pas dans nos pages un édito pour donner une consigne de vote. Nous n’aurons pas d’orientation à gauche ou à droite. Nous ne ferons rien de trop marqué politiquement, malgré des sensibilités pour l’environnement par exemple. Une de nos forces sera le long format. Les autres hebdomadaires proposent parfois des dossiers, mais pas autant de longs formats sur la France et l’international que nous le ferons nous. Toutes les semaines, on retrouvera des petites rubriques sur l’actualité internationale qui sera passée sous le radar des autres. Notre grosse différence c’est que l’on est détachés de l’actualité chaude. On ne réagira jamais à une polémique qui tombe en milieu de semaine comme l’Obs ou l’Express.

Vous souhaitez vous rapprocher des chercheurs. Comment allez‐vous le faire ?

On aimerait éviter l’écueil d’avoir l’expert qui répond à toutes les questions sur tous les sujets dans nos articles. On aimerait se rapprocher de chercheurs spécialistes pour nous orienter vers le doctorant qui fait sa thèse sur notre sujet ou pour nous signaler des sujets pas encore traités dans les médias. On souhaite avoir un rapport assez facile avec ce milieu de la recherche qui se méfie des journalistes. Mais rien n’est encore fixé. On définit en ce moment le rôle de ces chercheurs pour ne pas éclipser le travail des journalistes.

Trouverons‐nous des scoops dans Vraiment ?

On y travaille. On a pas mal de plumes spécialisées dans l’enquête comme Thibault Raisse en police justice. Il travaille sur des dossiers importants donc évidemment, si on a des scoops, on les sortira. Mais on travaille aussi beaucoup sur certains sujets d’analyse et de fond. Les deux seront conjugués. Ce sera une force importante dans la rédaction.

A trois semaines du lancement en kiosque, que reste‐t‐il à régler ?

On apprend à tout faire donc tout n’est pas encore finalisé. Mais nous préparons les numéros assez à l’avance. On a déjà trois ou quatre numéros d’avance presque finalisés. Encore ce matin, on a retravaillé nos méthodes pour être le plus efficace possible dans trois semaines. Il faut aussi que nous emménagions dans nos nouveaux locaux. Evidemment il reste encore à nous construire une base d’abonnés encore plus grosse. On espère qu’elle grandira au fur et à mesure de nos publications. On est en train de tout construire.

Comment a été composée la rédaction ?

C’est le rédacteur en chef et directeur de la rédaction, Jules Lavie qui a recruté lui‐même des gens. Certains ont été recommandés, d’autres non. C’est une sorte de réseau qui s’est construit. Certains étaient collègues, d’autres pigistes… Il y a énormément de candidatures qui passent par le filtre de Jules Lavie. Il souhaite des profils assez précis de journalistes qui savent faire des longs formats en presse écrite et aiment faire des sujets d’analyse et de société. C’est important pour éviter un trop gros travail d’édition derrière.

Comment a été accueilli le premier numéro par les lecteurs ?

Pour l’instant on a eu de bons retours lors des rencontres avec des lecteurs. Ils étaient contents de lire des sujets qui les touchent tous les jours. Ils ont aimé la façon dont c’est écrit. L’un des sujets qui a été le plus apprécié traite des violences policières en Tunisie. Il a bien raisonné car il était incarné par des victimes de violences policières. C’est un sujet complexe et dans l’air du temps. On ne sait pas forcément le traiter dans les médias et là justement il correspondait aux objectifs de décrire des tendances de fond avec des mots simples sans rabaisser le niveau de langage.

Quelles évolutions dans le numéro un trouvera le lecteur par rapport au numéro zéro ?

On retrouvera la plupart des rubriques dans le numéro un. On est encore en train d’y travailler. La partie information sera similaire. La partie magazine va beaucoup changer car on la trouve un petit peu scolaire. On ne veut pas faire que de la recommandation car c’est quelque chose que l’on voit beaucoup ailleurs.

Quels sont vos objectifs de ventes ? Combien de temps avez‐vous pour les atteindre ?

On vise les 40 000 exemplaires par semaine en comptant les abonnements et les ventes en kiosque. C’est notre objectif pour atteindre l’équilibre. On se laisse deux ans pour réussir notre pari. Mais l’idéal est de l’atteindre le plus rapidement possible pour être viable.

Les magazines de longs formats sont souvent mensuels ou bimensuels. Pourquoi avoir fait le choix d’être hebdomadaire ?

Aujourd’hui, on a de l’information en permanence tous les jours avec Internet, BFM TV ou France Info. On vise un public informé qui s’intéresse à l’actualité et qui a besoin de fond pour comprendre l’information. Le rythme hebdomadaire est bien car les lecteurs ont engrangé tout un tas d’informations diverses pendant la semaine. L’hebdomadaire, souvent, on le lit le week‐end pour digérer les choses, pour se donner des éléments de contexte mais aussi être prospectif et raconter ce qui pourra se passer dans l’actualité plus tard ou revenir sur des évènements que l’on a vu dans l’actualité il y a six mois ou un an et que nous nous allons apporter une valeur ajoutée. Ça permet d’approfondir les choses et d’avoir du recul par rapport à « l’infobésité » qu’ont les chaines d’information en continu ou internet.