Elections en Italie : du fan club aux urnes, ils votent Berlusconi

Inéligible à cause d'une condamnation pour fraude fiscale, Silvio Berlusconi bénéficie d'un important culte de la personnalité. Son parti se maintient à 18% des intentions de vote, à trois jours des élections législatives italiennes.

C’est l’histoire d’un éternel revenant. A l’approche des élections législatives du dimanche 4 mars, le parti créé par Silvio Berlusconi en 1994, Forza Italia (“Allez l’Italie”) se maintient à 18% d’intention de vote. C’est deux fois plus qu’avant le retour du magnat des médias sur la scène politique au début de l’année.

Je suis comme le bon vin, en vieillissant je m’améliore et maintenant je suis parfait”, a‑t-il tweeté récemment.

L’homme d’affaire et milliardaire, dont l’histoire des 25 dernières années se confond avec celle de l’Italie, se retrouve à 81 ans une nouvelle fois sur le devant de la scène. Il avait pourtant été enterré politiquement un nombre incalculable de fois et a été condamné pour fraude fiscale à un an de prison en 2013, ce qui l’a rendu inéligible.

Inégibilité pour fraude fiscale

Ses électeurs déplorent qu’il ne puisse donc pas être élu à la tête du gouvernement. Marirosa Ancona, retraitée de 64 ans originaire des Pouilles s’agace : “Cela m’ennuie qu’on rappelle qu’il est inéligible ! Les autres non plus ne méritent pas d’être élus. Berlusconi a fait des erreurs mais reste un grand entrepreneur et créateur d’emploi.”

Aux législatives dimanche, elle votera Forza Italia pour lui témoigner “sa sympathie”. Et ils sont nombreux dans la péninsule à faire le même choix.

C’est le cas de Maria Luisa Galli, retraitée de 62 ans originaire de Bari (sud de l’Italie) :

“Il est trop riche pour avoir eu besoin de voler quoi que ce soit à qui que ce soit. J’ai toujours voté pour lui et je continuerai.”

Traducteur de 46 ans originaire de la ville de Monfalcone, dans le nord-est de l’Italie, Gionata Pacor le défend aussi : “Son entreprise investit des milliards d’euros par an. Il peut arriver de faire une petite opération pour payer moins d’impôts et que celle-ci soit considérée illégale par l’une de nos 200 000 lois”.

Evidemment qu’il a été sali par ses adversaires politiques. Mais les moralistes de gauche pointent du doigt ses échecs en oubliant les leur”, abonde Massimiliano Bordignon, Milanais de 48 ans.

Pourtant, “l’expérience faite par les Italiens de la gouvernance de Berlusconi aurait du les dégouter de voter pour lui”, selon Christophe Bouillaud, politologue spécialiste de la vie politique italienne.

Une campagne à la télé

Affaibli physiquement, Silvio Berlusconi a renoncé aux réunions de campagne et aux bains de foules. Il a été pendant la campagne omniprésent à la radio, la télévision et dans les journaux, dont un bon nombre lui appartiennent. Il rallie des électeurs qui sont considérés plutôt comme des consommateurs que des citoyens. Selon Christophe Bouillaud, Berlusconi a “une prise sur une population âgée et peu éduquée qui ne s’informe que par la télévision”. Une reconquête du pouvoir inspirée des codes du marketing, des talk-show et de téléréalité.

Déjà trois fois Président du Conseil des ministres, il bénéficie d’un autre point fort. “Il est très bon sur les petites réformes qui flattent l’opinion publique, explique Christophe Bouillaud, il était à l’origine de la suppression de la taxe d’habitation”. Cette mesure lui a valu la bienveillance de l’opinion publique. L’une des propositions phares et populaires du programme de Forza Italia cette année est la “flat tax”, un impôt sur le revenu à taux unique,

Unique personnalité populaire de son propre parti”, selon Christophe Bouillaud, Silvio Berlusconi a permis a Forza Italia de “regagner une place incroyable dans l’opinion publique”. A moins d’un “tour de passe-passe législatif extraordinaire en cas de victoire”, il est peu probable de voir revenir “le sourire caïman” au pouvoir pour la quatrième fois.