Hausse du prix du tabac : les buralistes contraints de s’adapter

Le prix du tabac a augmenté ce jeudi 1er mars. Un paquet coûte désormais en moyenne 7,90 euros. Les buralistes doivent s'adapter à ces changements fréquents.

 

Philippe R. a très peu dormi cette nuit. Ce propriétaire d’un bar‐tabac du 6ème arrondissement de Paris a dû préparer l’augmentation des prix de cigarettes entrée en vigueur ce jeudi matin : « Je travaille déjà douze heures par jour, et là je suis resté jusqu’à deux heures du matin hier soir pour changer toutes les étiquettes ! ». Il explique avoir « mis le paquet » pour que tout soit prêt à son ouverture, à 8 heures : « Je ne voulais pas que ma clientèle pâtisse, en plus de la hausse des prix, d’un bureau de tabac fermé ! ».

Comme Philippe, tous les buralistes ont dû fermer leur magasin mercredi soir, puis passer une partie de la soirée à changer les étiquettes, tout en faisant l’inventaire  des nouveaux stocks disponibles. La raison : le gouvernement a prévu une nouvelle majoration des prix des cigarettes, la deuxième après celle de novembre 2017. Et pas des moindres : +94 centimes d’euros en moyenne par paquet de 20 cigarettes, ce qui revient à un coût moyen de 7,90 euros. Le paquet atteindra 10 euros à horizon 2020. Philippe déplore : « Les clients sont très mécontents de voir que leur paquet de Camel passe de 7 à 8 euros, en une nuit. »

Inquiétudes des buralistes

Une grogne des clients qui inquiète la profession. « On ne peut pas se satisfaire de ce qui arrive : on risque de perdre des consommateurs », s’alarme Sophie Lejeune, secrétaire générale de la Confédération des Buralistes à Paris, elle‐même buraliste depuis 17 ans à Béziers. Toutefois, elle relativise la responsabilité de l’État : « Le gouvernement ne nous a pas pris en otage, le président avait fourni le calendrier des hausses ! »

Cela a conduit certains à se préparer en amont. Philippe, l’air goguenard, explique : “Vu le nombre d’étiquettes qu’on devra changer pendant les deux ans à venir, j’ai pris un abonnement !”. Il fait appel à la société Etiq’Express, qui lui fournit un “pack” d’étiquettes pour s’adapter aux différents changements de prix à prévoir.

Pour autant, cette hausse du prix du tabac s’est faite dans des conditions particulières. « C’est en pleine semaine, ce qui n’a pas aidé les buralistes à s’organiser ! » s’exclame Sophie Lejeune. « Normalement, les hausses se font le lundi, et les buralistes peuvent venir le dimanche après‐midi pour s’organiser. Cela n’a pas été le cas cette semaine, malheureusement », détaille‐t‐elle.

Diversification de l’offre

Mais ce n’est pas le seul bouleversement que connaissent les buralistes : leur profession est contrainte d’évoluer, dans un contexte d’augmentation progressive du prix du tabac. « Pour que notre métier ne meure pas en 2020, nous serons contraints de modifier notre offre et de la diversifier, notamment en prenant en compte le vapotage », détaille Sophie Lejeune. De plus, 42%* des personnes qui se rendent chez le buraliste sont non‐fumeuses : « Notre commerce reste utile à tous ! », déclare la secrétaire générale de la Confédération des Buralistes.

Les buralistes sont aussi prêts à entamer un tournant, en proposant au Ministère de la Santé de participer à leur initiative « Un Mois sans Tabac ». Ils vont soutenir leurs clients qui en font la demande à arrêter le tabac.

Étonnant à première vue, mais logique, selon Philippe : « Beaucoup de clients souhaitent arrêter la clope ! Nous devons les y aider. » Même son de cloche du côté de la Confédération des Buralistes, explique Sophie Lejeune : « Les consommateurs changent et n’ont plus le même comportement vis à vis du tabac. Il y a quelques dizaines d’années, les fumeurs consommaient des Gitanes sans filtre. Aujourd’hui, ce serait quasiment impensable. La profession doit s’adapter, au risque de mourir ! ».

 

 

* Chiffre de la Confédération des Buralistes