Insulter le président, c’est possible en Autriche

La cour d'appel de Vienne en Autriche a débouté le vice-chancelier Heinz-Christian Strache ce jeudi 1er mars. Il avait porté plainte contre un groupement d'extrême gauche qui l'avait copieusement insulté.

L’important, c’est d’argumenter. La cour d’appel de Vienne en Autriche a rendu une décision particulière ce jeudi 1er mars. Elle a invoqué la liberté d’expression en ne condamnant pas un groupe d’extrême gauche qui avait adressé un doigt d’honneur et un “fuck” au vice-chancelier d’extrême droite Heinz-Christian Strache.

Pour des “insultes publiques”, le vice-chancelier avait attaqué le groupement d’extrême gauche Linkswende Jetzt (à gauche toute maintenant) après avoir été violemment interpellé lors d’une manifestation. Le plaignant avait déjà été débouté en première instance. Le jugement rendu souligne que “le rejet d’un dirigeant politique” peut s’exprimer “de façon provocatrice et choquante”. Il s’agit là, selon la Justice, d’un “élément fondamental de la liberté d’opinion”. 

L’organisation d’extrême gauche Linkswende Jetzt (à gauche toute maintenant) avait réalisé une vidéo dans laquelle elle listait une suite de raisons les poussant à dire “Fuck Strache” et lui adressait des doigts d’honneur. En découvrant le jugement de ce jeudi, le groupe s’est réjoui d’une “victoire pour la liberté d’opinion et de la presse”. 

“Casse toi pov’con”

La justice n’est pas si indulgente avec tous les plaignants selon le pays où se déroulent les faits. Un manifestant de 57 ans avait été condamné en 2009 par la justice française à 30 euros d’amende avec sursis pour “offense au chef de l’Etat”. Cet ancien conseiller général socialiste passé au Parti de gauche avait brandi une pancarte Casse-toi pov’con” lors du passage du cortège du président de l’époque, Nicolas Sarkozy. La Cour européenne des droits de l’Homme était revenue en 2013 sur cette condamnation. L’instance européenne avait estimé que Paris avait violé la liberté d’expression en condamnant Hervé Eon pour son offense au Président. Elle avait estimé que la sanction pénale infligée pouvait avoir un “effet dissuasif sur des interventions satiriques qui peuvent contribuer au débat sur des questions d’intérêt général”. 

Le délit d’offense au chef de l’Etat est inscrit dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse et il est passible de 45 000 euros d’amende. Les juges de Strasbourg avaient incité la France à abroger, en 2004, le délit d’offense à un chef d’Etat étranger, estimant que cela apportait “aux chefs d’Etat étrangers un privilège exorbitant”, car leur statut leur permettait de se soustraire à toute critique lors de visites. En avril 2016, la chancelière allemande Angela Merkel avait créé un tollé en autorisant la plainte pour “offense à un chef d’Etat étranger” du président turc Recep Tayyip Erdogan. “Pervers, pouilleux et zoophile”: c’est en ces termes peu amènes que l’humoriste satirique Jan Böhmermann avait décrit l’homme fort d’Istanbul. Les détracteurs de cette décision avaient reproché un maintien tacite du crime de lèse-majesté.