Lettre raciste et menaces de mort sur députée : «L’auteur risque gros»

La députée LREM Laetitia Avia a reçu une lettre anonyme raciste ponctuée de menaces de mort à son bureau de l'Assemblée nationale. Bouleversée, elle dit avoir porté plainte. Dans ce genre d'affaire, l'auteur risque jusqu'à cinq ans de prison.

Menacer un(e) député(e) de mort, tout en proférant des insultes racistes, peut coûter cher. Mercredi, Laetitia Avia, députée La République en marche (LREM) de Paris, a été la cible d’une lettre d’une rare violence. Dans la missive, de quatre phrases à peine, les insultes racistes abondent à l’égard de l’élue d’origine togolaise. « Ce n’est pas une grosse truie noire venue d’Afrique qui va se permettre de se mêler de la vie des Français. » dit l’auteur. Avant de conseiller : « Vous feriez mieux de vous mettre au travail chez le peuple retardé d’Afrique qui ne pense qu’à soutirer de l’argent à la France.» La lettre anonyme et dactylographiée lui a été directement adressée à l’Assemblée nationale. La députée choisi de publier sur Twitter le courrier d’un « racisme inouï » ponctué d’une menace de mort : « Compte tes jours, on va s’occuper de toi. »

Sous le choc, la députée dit vouloir déposer plainte. « C’est la première fois que je reçois un courrier qui cible aussi violemment ma personne plutôt que mes idées. » a‐t‐elle a confié à LCI, tout en disant ne pas se sentir « en sécurité ». Pour Me Carbonetto, avocat spécialiste en droit pénal à Paris, les faits sont suffisamment graves pour ouvrir une enquête. 

« Mme Avia est une députée, les menaces de mort à l’encontre d’une personne dépositaire de l’autorité publique, aggravées par des propos à caractère raciste, sont particulièrement graves. » Laetitia Avia devra porter plainte contre X pour menace de mort ou d’atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l’encontre d’un élu public. « Ensuite, le procureur de la République choisira d’instruire l’affaire ou de la classer en fonction des éléments qu’il aura à disposition après investigation. Mais dans ces cas‐là, ce n’est pas grand chose : analyse de la lettre, empreintes, ADN… »

Le code pénal prévoit normalement 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende rien que pour les menaces de mort. Mais le mandat de députée et les insultes racistes rendent la peine plus lourde. « Des menaces de mort en raison d’une appartenance raciale ou religieuse, ou sur les personnes investies d’un mandat électif public, c’est une aggravation substantielle de la peine, poursuit l’avocat. On est à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. »

De nombreux messages de soutien ont été adressé à Laetitia Avia sur Twitter. L’élue, accusée en juillet dernier par le Canard Enchaîné d’avoir mordu un chauffeur de taxi, a reçu le « soutien absolu » du président de l’Assemblée nationale, François de Rugy« Comme souvent, l’abjection du propos raciste va de pair avec la lâcheté de l’anonymat », a‐t‐il commenté. « Racisme et sexisme inadmissibles dans la République française ! Rien ne justifie une telle violence », a écrit Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes.

Avant Laetitia Avia, le député LREM de la Vienne Sacha Houlié avait déjà reçu des menaces de mort envoyées dans son bureau à l’Assemblée nationale en 2017. Il avait alors déposé plainte. Un élu socialiste des Midi‐Pyrénées, Jean‐Paul Makengo, avait également porté plainte après avoir reçu un courrier raciste en 2015. Nous ignorons à ce stade les suites judiciaires de ces deux dossiers.