«Violeur de la Sambre» : «Ce sont des affaires qui collent à la peau des enquêteurs»

L'ancien directeur de la police judiciaire régionale de Paris, Claude Cancès, explique, pour Les Ateliers du CFJ, comment Dino Scala, accusé d'avoir violé 19 personnes sur plusieurs dizaines d'années, a-t-il pu échapper à la police.

Il a été mis en examen pour 19 “viols et agressions sexuelles”, commis dans le nord de la France et en Belgique. Dino Scala, ouvrier de 56 ans, a été mis en examen mercredi 28 février, et a “reconnu ses responsabilités”, selon Me Jean-Benoit Moreau, son avocat.

Le procureur de Valenciennes a indiqué lors d’un point presse que l’accusé avait reconnu “une quarantaine” de viols et agressions sexuelles depuis les années 1990. La dernière affaire remonte au 5 février dernier. Le nombre d’affaires et l’étendue des dates auxquelles elles ont été commises ouvrent un dossier “hors normes”, selon Claude Cancès, ancien directeur de la police judiciaire régionale de Paris. Les Ateliers du CFJ l’ont interrogé, jeudi.

Ateliers du CFJ : Comment Dino Scala a‑t-il pu passer entre les mailles du filet aussi longtemps ?

Claude Cancès : Dans le cas de ce prédateur de la Sambre, il était inconnu de tous les services de police. En général, les violeurs ont un passé. Ils sont fichés, que ce soit les empreintes digitales ou génétiques.

Et puis le violeur présumé dit avoir commis ses 40 crimes sur 30 ans. Ca fait beaucoup, certes, mais ça fait peu par rapport aux violeurs récidivistes qui se livrent à ces crimes toutes les semaines et qui au bout de trois semaines, un mois, sont arrêtés.

C’est vrai qu’à la vue des progrès faits par la police technique et scientifique ces dernières années ça parait incroyable que cet individu soit passé entre les mailles du filet, mais pour l’instant je ne vois que l’explication de son absence d’enregistrement.

Comment peut réagir un ancien policier en apprenant que son affaire a été résolue ? 

Le directeur de la police de Lille a dit que ses anciens collègues à la retraite l’avaient appelé pour lui dire qu’ils étaient soulagés, qu’ils pensaient encore à cette affaire non élucidée. Ca m’a fait plaisir, parce que je fais moi aussi partie des retraités de la police qui suivent encore les activités des collègues, et qui ne peuvent pas s’empêcher de penser aux affaires non élucidés, et à l’époque où on n’avait pas les moyens qu’ont nos collègues actuellement. Ce sont des dossiers qui collent à la peau des enquêteurs.

Cette affaire de la Sambre vous fait-elle penser à une autre que vous avez traitée ?

Elle ne me fait penser à aucune autre, parce qu’il n’y a pas un criminel qui ressemble à un autre. Celle qui peut s’en rapprocher peut-être c’est celle de celui que l’on appelait “le chat”, à Bordeaux [le violeur a été condamné pour 34 viols commis entre 1987 et 2002 à 14 ans de réclusion, ndlr]. Il s’introduisait la nuit dans les maisons, plutôt l’été, lorsque les fenêtres étaient ouvertes. Il violait des femmes alors qu’elles étaient en train de dormir. Ca a duré plusieurs années, et une psychose s’était installée dans la région. Dans l’affaire du violeur présumé de la Sambre, il effectuait ses crimes dans un périmètre et un temps assez large, donc il n’y a pas eu de panique.