César : comment l’aristocratie du cinéma tente l’ouverture

Pour se rapprocher du grand public, les César, souvent taxés d’élitisme, vont remettre pour la première fois un prix au film ayant fait le plus d’entrées.

Avant même l’ouverture de la 43e cérémonie des César, vendredi 2 mars, un lauréat est déjà connu. Il s’agit de Raid Dingue, la comédie aux 4,5 millions de spectateurs, réalisée par Dany Boon. Le film va être le tout premier primé d’une nouvelle catégorie : le prix du public, qui vise à récompenser le long métrage le plus vu au cinéma chaque l’année.

L’académie des César, souvent accusée d’élitisme et d’entre-soi, veux ainsi prouver qu’elle prend en compte les choix du grand public et qu’elle ne boude pas les comédies. Ce bras tendu est réclamé depuis plusieurs années par une partie de la profession du cinéma, qui déplorait l’absence de certains films populaires dans la liste des nommés.

En 2012, le film aux 19,5 millions d’entrées d’Olivier Nakache et Eric Toledano, Intouchables, a certes reçu 10 nominations mais n’a remporté qu’un seul César, celui du meilleur acteur pour Omar Sy. En 2009, l’affaire Bienvenue chez les Ch’tis avait rythmé les semaines précédant la cérémonie. Le plus gros succès de l’histoire du cinéma tricolore, réalisé par Dany Boon, n’avait récolté qu’une seule nomination et aucun prix.

Des grands noms du cinéma jamais récompensés

“Dany Boon avait lancé la réflexion il y a quelques années en proposant un César de la comédie ou du public. Il a beaucoup contribué à défendre l’idée. C’est fait”, a indiqué à l’AFP Alain Terzian, président de l’Académie des César, en janvier dernier.

De nombreux grands noms de la comédie ont fait face au manque de reconnaissance du genre. Louis de Funès, qui a certes reçu un César d’honneur en 1980, n’a été distingué pour aucun de ses rôles. En 1984, Coluche reçoit le César du meilleur acteur mais pour un rôle dramatique, celui du pompiste dans Tchao Pantin. Quant à Bourvil, récompensé par l’ancêtre des César, Les Étoiles de cristal, ne l’a pas été pour son rôle dans les comédies Le Corniaud ou La Grande Vadrouille, mais dans le drame La Traversée de Paris. Seul Jacques Villeret obtiendra, en 1999, un César pour son rôle dans le film de Francis Veber, Le Dîner de cons.

Le fait que l’académie rechigne à récompenser des films à succès, s’explique en partie par le mode de vote utilisé. La désignation des lauréats est réalisée par les 4248 membres de l’académie. Pour faire partie de l’académie, il faut être un professionnel du cinéma : réalisateur, acteur, producteur, agent… Autre condition : être coopté par deux membres de l’académie.

“Distinguer des films que les gens n’ont pas vus”

On n’a pas la même perception que ceux qui ne vont au cinéma que 2 ou 3 fois par an. Moi je vois plus de 200 films par an”, s’agace Laurent Coët, exploitant de cinéma à Saint Pol sur Ternoise (Pas-de-Calais) et membre de l’académie. Ce professionnel assume complètement “ne pas faire des choix populaires. C’est la marque de toute la diversité du cinéma de distinguer des films qui sont passés à côté de leur sortie en salle, des films que les gens n’ont pas vus”. Pour Laurent Coët, la création de ce prix du public sonne faux. “Est ce que le film qui fait le plus d’entrées est forcément le film qui plait le plus au public ?”

Faut-il se fier à une aristocratie du cinéma accusée d’entre-soi plutôt qu’à des chiffres objectifs mais qui ne traduisent pas la qualité d’un film ? De toute façon, le débat ne sera pas clôt à l’issue de la cérémonie. Et comme le dit le proverbe, des goûts et des couleurs, on ne dispute pas.