Russie et Etats-Unis : “une nouvelle forme de confrontation”

A deux semaines de l’élection présidentielle en Russie, le président Vladimir Poutine a prononcé jeudi 01 mars 2018, un discours aux accents militaristes vantant notamment les nouvelles armes « invincibles » de son pays. Des déclarations immédiatement jugées « inquiétantes » par les Etats Unis, qui ont accusé le président Russe de violer les traités internationaux sur le développement de ces nouvelles armes.

Pour le géopolitologue et spécialiste de la Russie, Alexandre Melnik, « les relations entre Washington et Moscou sont encore plus tendues qu’à l’époque de la guerre froide. La course à l’armement entre les deux puissances est bien relancée ».

Q : Vladimir Poutine a vanté pendant plus d’une heure son nouvel arsenal militaire, les Etats-Unis confirment la vente de missiles anti-char à l’Ukraine dans un contexte de tension avec la Russie, peut-on aujourd’hui parler d’un retour de la Guerre froide ?

 

R : « On ne peut pas parler d’un retour de la Guerre froide. Cette page de l’histoire est tournée. La Guerre froide, c’était deux systèmes idéologiques qui s’affrontaient : le capitalisme et le communisme. Or l’un des deux n’existe plus aujourd’hui. Nous sommes dans une nouvelle forme de confrontation. Le discours prononcé hier par le président russe est avant tout un message adressé à son peuple à quelques semaines de l’élection présidentielle dans son pays. Il faut montrer à la population, dans un contexte de crise économique, que la Russie est forte sur le plan militaire, qu’elle est puissante face aux Etats-Unis.

 

Q : Vous parlez d’une nouvelle forme de confrontation entre les Etats-Unis et la Russie, comment se caractérise-t-elle ?

 

R : On peut aujourd’hui parler d’une nouvelle course à l’armement, que l’on croyait enterrée. Les relations entre les Etats-Unis et la Russie sont pires qu’à l’époque de la Guerre froide. A l’époque, il y avait des négociations sur la limitation ou la réduction des armes stratégiques. Aujourd’hui, il n’y a plus aucun mécanisme qui pourrait retenir cette course. On peut aussi parler d’une bataille d’égo entre Poutine et Trump. Cette course aux égos est préjudiciable à la paix et à la prospérité. Poutine, qui est un ancien du KGB (…), formé à l’époque de la guerre froide, veut montrer que la Russie est l’alter-ego des Etats-Unis, qu’elle est une puissance de premier plan. On peut dater le retour des tensions avec l’arrivée de Poutine à la tête du pays en 2000. Tout porte à croire qu’avec sa réélection à la tête du pays pour un quatrième mandat, les tensions vont s’intensifier.

“Il y a un décalage colossal entre la velléité militaire de la Russie et son poids économique réel”

 

Q : La Russie est-elle vraiment une puissance menaçante ?

 

R : Oui et non. La Russie est loin d’être la puissance qu’elle a pu être au XXème siècle. Elle ne joue pas dans la même catégorie que les Etats-Unis. Elle est peut-être une puissance militaire, car une grande partie de son budget est destinée à la défense, mais elle est une puissance pauvre. Son PIB est équivalent à celui de l’Espagne ! Le pays a misé sur l’exportation de matières premières et pas sur l’innovation. Or pour être un acteur de premier plan dans le monde d’aujourd’hui, il faut être une puissance d’innovation. Il y a un décalage colossal entre cette velléité militaire, belliqueuse et son poids économique réel.

 

Q : Et d’un autre côté ?

 

R : De l’autre, les tensions entre les Etats-Unis et la Russie ont une grande capacité de nuisance. Nous sommes dans une guerre par procuration. Regarder la Syrie, le pays est leur terrain de confrontation. De même, la situation en Ukraine, qui semble s’être apaisée, peut déraper à tout moment. La cicatrice est toujours vive, et l’annonce de Trump de vendre des missiles anti-char au pays n’annonce rien de bon.