Débordements du 1er‐Mai : la préfecture de police en cause ?

Le défilé du 1er-Mai, à Paris, fut le théâtre de multiples actes de vandalisme ce mardi. Plusieurs personnalités accusent les forces de l'ordre d'avoir laissé faire les casseurs. Vérifications.

 Les faits

En marge du rassemblement du 1er‐Mai, des militants liés au mouvement d’extrême-gauche Black Bloc ont dégradé plusieurs commerces, notamment un restaurant Mc Donald’s. En tout, la préfecture a dénombré 1200 casseurs. L’intervention de la police n’a quant à elle pas été immédiate. Dans un tweet, une journaliste du Parisien indiquait même que les CRS attendaient les ordres de la préfecture avant d’intervenir :

 Le contentieux

Plusieurs membres de la CGT ont assuré que la préfecture de police avait intentionnellement demandé aux forces de l’ordre d’attendre avant d’interpeller les casseurs. Sur le site de France Info, le secrétaire général de la fédération CGT‐Commerce Amar Lagha, a affirmé que le gouvernement était « complice » des violences.

« J’étais à la manifestation, on ne remet pas en cause les CRS, mais les consignes qui sont données laissent se poser beaucoup de questions », a‐t‐il expliqué à nos confrères.

Le lendemain des manifestations, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, invité dans la matinale de France Inter, s’est lui aussi interrogé. Les CRS ont mis du temps à intervenir alors que les casseurs étaient clairement reconnaissables parmi les manifestants, avant même le début de la marche :

« On les voit arriver, ils se changent, ils mettent des cagoules et des vêtements noirs, ils ont des marteaux. Pourquoi moi je les vois — en plus, vu ma taille moyenne, je ne suis pas au‐dessus de la mêlée — alors qu’un certain nombre de policiers ne les voient pas, ne les surveillent pas? »

La préfecture a‐t‐elle attendu délibérément que les Black Blocs agissent avant de donner l’ordre aux CRS d’intervenir ? Les soupçons se multiplient. Les Ateliers du CFJ ont cherché à comprendre.

♦ Les réponses

Selon Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT‐Police, ces suppositions ne s’appuient sur aucune preuve. « Je n’ai eu aucun témoignage ni aucun rapport écrit sérieux affirmant que la police a laissé faire les casseurs », explique‐t‐il aux Ateliers du CFJ. Le syndicaliste ajoute néanmoins que l’on peut « supputer que la préfecture a laissé pourrir la situation, mais cela reste une conviction personnelle et il n’y a aucune certitude. » La préfecture était au courant de l’arrivée des casseurs et elle aurait du y être préparée, selon lui.

Les autres syndicats de police n’ont pas la même interprétation des faits. Pour Grégory Goron, secrétaire national du syndicat SGP‐Police FO, la préfecture n’est pas en cause. Il confirme que les forces de police ont mis du temps à réagir, mais c’était d’après lui « un tout petit temps de latence ». Il explique ainsi que les CRS ont dû progressivement « se rapprocher des casseurs ». Avant de lancer une action contre leurs adversaires, les forces de l’ordre devaient également penser à « se protéger ». Le syndicaliste ajoute que les forces mobilisées pour l’événement — 22 unités mobiles — étaient conséquentes et rappelle leur vocation première : préserver l’ordre public.

David Michaux, membre de l’UNSA — Police, approuve mais déplore néanmoins un manque d’organisation des décideurs.  « Lorsqu’il y a une manifestation, il y a une chaîne de commandement, avec des commissaires CRS en relation avec la préfecture et la direction de l’ordre public de la circulation. Les CRS ont une réelle expérience, mais les chefs qui croient tout savoir ne les écoutent pas. » Il considère ainsi que les forces de police auraient été plus efficaces si elles n’avaient pas eu à attendre un ordre de la préfecture avant d’intervenir. S’il avoue avoir été surpris par le nombre de casseurs, le syndicaliste considère qu’une meilleure organisation des forces de police aurait permis d’empêcher les débordements. 

La préfecture n’a quant à elle pas souhaité répondre à nos questions. 

Illustration : Capture d’écran YouTube / Taranis News