1er-Mai : la cagoule ne fait pas le casseur

La manifestation du 1er-Mai a été émaillée de dégradations commises par le black bloc. La préfecture évoque 1200 « individus cagoulés et masqués ». Un chiffre qui surestime le nombre de casseurs.

Mardi 1er mai, des casseurs saccagent un restaurant McDonald’s et une concession automobile. Pour de nombreux manifestants, la fête des travailleurs est gâchée par le black bloc. Ce groupe, issu d’un rassemblement spontané, avance tout de noir vêtu. La Préfecture de police évoque 1200 « individus cagoulés et masqués » à l’occasion de la manifestation, ce mardi.

Certains de ses membres attaquent les forces de l’ordre et les symboles matériels du capitalisme. Les ateliers du CFJ sont allés à la rencontre de certains d’entre eux. Or, leurs témoignages indiquent que le nombre de casseur ne dépasse pas le millier de personnes.

L’objectif : « faire masse »

Pour la fête des travailleurs, Julie et Benoît* ont manifesté pour la première fois au sein du black bloc. Ils avançaient masqués, tout de noir vêtus. Leur objectif : « faire masse » dans une manifestation dont il ne voit plus l’utilité tant « le gouvernement est sourd aux revendications des syndicats. »

Tous deux étudient en master dans deux écoles prestigieuses. C’est au cours des blocages de leurs établissements qu’ils se sont « radicalisés ». Julie, 22 ans, explique : « En 48 heures de blocage, j’ai eu des discussions que je n’aurais jamais eu autrement. […] En allant aux manif’ du 22 mars et du 19 avril, en voyant la répression policière, j’ai décidé de faire nombre parmi le black bloc. »

Le soutien est symbolique pour ces deux habitants du quartier de Belleville. Ils n’ont pas participé aux dégradations matérielles ou aux affrontements avec la police. Lancer un pavé sur un flic, « l’envie ne manque pas » pour Benoît. Le 1er-Mai, il s’est contenté d’utiliser des œufs remplis de peinture. Il en reste encore…

Julie et Benoît ont manifesté au sein du black bloc le 1er mai. Leur équipement consistait en un imperméable noir, des lunettes de piscine, des écharpes et quelques œufs remplis de peinture. ©Guillaume Krempp

Les casseurs et les soutiens passifs

Mike* est actif dans le black bloc depuis 2016. Un engagement qui dépasse le simple symbole. Par deux fois déjà, un policier lui a fracturé la main. Lors d’une manifestation contre la loi Travail, il tenait la banderole renforcée du cortège de tête. L’étudiant et résident du quartier de Barbès connait bien le fonctionnement de ce groupe aux visages cachés par des écharpes ou des cagoules : « Il y a plein de monde dans le black bloc. Ceux qui cassent ou provoquent des affrontements avec la police, c’est souvent une minorité. Il y a beaucoup de gens habillés tout de noir et qui ne participent pas aux dégradations eux-mêmes. »

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Jean* s’est retiré du black bloc depuis près d’un an. L’étudiant en sociologie évoque sa « fatigue » après avoir participé à de nombreuses manifestations. Il sentait aussi le vent tourner : l’homme originaire de Seine-Saint-Denis (93) a été interdit de manifestation à plusieurs reprises. Cet ancien coordinateur de la lutte est au cœur d’une procédure judiciaire pour « association de malfaiteurs ». Il décrit la composition du cortège de tête : « Tous les manifestants qui souhaitent rester anonymes, habillés en noir, ne sont pas offensifs. Une part d’entre eux témoignent ainsi de leur soutien aux actions des casseurs. D’autres en profitent pour coller des affiches. »

Selon de nombreux témoins, seul un tiers des individus masqués ont eu recours à la violence. Dans la soirée du 1er mai, la préfecture de police évoquait 276 personnes interpellées. Parmi elles, 109 personnes ont été placées en garde à vue. Ces dernières ont été prolongées pour 43 individus dans la journée du 2 mai. Les autres manifestants ont été relâchés sans être poursuivis, faute de charge contre eux.

*Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat des interlocuteurs.

Illustration : ©Guillaume Krempp