« Castration chimique » : l’antidote polémique de Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez réclame la « castration chimique » pour les auteurs de crimes et violences sexuels. Décryptage d’une proposition controversée.

Le patron des Républicains passe à l’offensive. Une semaine après la mort d’Angélique Six, une adolescente de 13 ans violée et tuée par un délinquant sexuel récidiviste près de Lille (Nord), Laurent Wauquiez prône la « castration chimique » pour les « prédateurs sexuels ».

« Il faut que le juge puisse l’imposer au violeur, avec un accompagnement médical et psychiatrique. Et si le violeur refuse, alors il devra rester en prison, en rétention de sûreté », a précisé le président de la région Auvergne‐Rhône‐Alpes, dans 20 minutes.

De quoi s’agit-il ? Une telle mesure est‐elle envisageable ? Les Ateliers du CFJ ont interrogé deux médecins spécialistes du sujet.

Qu’est-ce que la « castration chimique » ?

La « castration chimique » n’est pas une véritable castration. « Il s’agit d’un traitement anti‐hormonal », explique le Dr Jean‐Philippe Cano, psychiatre à l’hôpital Charles Perrens de Bordeaux (Gironde). Il peut être administré par voie orale (un comprimé tous les jours) ou par injection (une injection intramusculaire tous les trois mois).

« Ce traitement inhibiteur de la libido va réduire l’activité sexuelle globale (fantasmes, érections, masturbation, relations sexuelles…) », précise le spécialiste. « Il va neutraliser l’action des androgènes, c’est-à-dire des hormones mâles comme la testostérone », ajoute le Dr Jacques Waynberg, sexologue et criminologue, président de l’Institut de sexologie.

Le traitement médicamenteux n’est pas irréversible. Il peut malgré tout engendrer des effets secondaires (dépressions, troubles de l’humeur, prises de poids ou encore perte de densité osseuse…).

La « castration chimique » est‐elle « efficace » ?

En France, la « castration chimique » des auteurs de crimes et violences sexuels, avec leur accord, est légale. Et pour les deux spécialistes, elle est « efficace ». « Avec ce traitement, n’importe quelle pin‐up les laisse indifférents », dit le Dr Jacques Waynberg.

A Bordeaux, le Dr Jean‐Philippe Cano accompagne plusieurs dizaines de délinquants sexuels. Environ 10 % d’entre eux suivent un traitement anti‐hormonal. « Leur taux de récidive est bas », affirme–t-il.

Aucune statistique n’est disponible sur le nombre de patients concernés par ce type de protocole en France, ni sur son efficacité.

Mais la « castration chimique » n’est pas une solution miracle. « Elle fait partie d’une palette de soins », souligne le Dr Jean‐Philippe Cano. « Elle doit s’inscrire dans une prise en charge globale, avec notamment un suivi individuel et/ou de groupe. »

Par ailleurs, les traitements médicamenteux ne sont « pas adaptés » à tous les profils, selon le médecin. Ils sont ainsi déconseillés pour les adolescents et les auteurs d’inceste. « Il faut ajuster au cas par cas. »

Pourquoi la proposition de la droite fait‐elle débat ?

Les propos du président des Républicains « agacent » le Dr Jean‐Philippe Cano. Laurent Wauquiez souhaite « imposer » le traitement anti‐hormonal. Mais pour le psychiatre, le volontariat doit rester la norme. « Il faut un consentement », plaide‐t‐il. « Le traitement va altérer une partie de leur sexualité. A nous de leur parler, de ne pas les juger. »

Le Dr Jacques Waynberg, lui, dénonce une « connerie », une « mesure électoraliste ». Surtout, il réfute le terme « castration » :

« En l’utilisant, Laurent Wauquiez sous‐entend qu’il faut se débarrasser des pervers. En clair, il relance le débat sur la guillotine et la peine de mort. »

Les Républicains doivent déposer prochainement à l’Assemblée nationale un projet de loi sur les traitements médicamenteux. Déjà, en 2005, 2007 et en 2009, le Parlement avait examiné des mesure similaires, à l’initiative de la droite. Avant de les rejeter.

Illustration : CC / Pixabay / Whitesession