Drapeau du FLKNS

« En Nouvelle‐Calédonie, l’histoire coloniale n’est pas apaisée »

Emmanuel Macron est arrivé en Nouvelle-Calédonie jeudi pour une visite de trois jours, sur fond de polémiques. Trente ans après la prise d'otage d'Ouvéa, retour sur la relation qu'entretiennent les indépendantistes kanaks et l'État français.

Emmanuel Macron est arrivé dans la nuit de mercredi à jeudi en Nouvelle‐Calédonie, pour un voyage officiel de trois jours. Ce déplacement sur le « Caillou » suscite la polémique dans l’archipel. De nombreux habitants s’opposent à la venue du chef de l’Etat. En cause : le calendrier. La visite présidentielle se déroule au moment où le territoire commémore les trente ans d’une prise d’otage sanglante à Ouvéa, paroxysme du conflit entre les indépendantistes et l’État français. Colonie puis territoire d’Outre-mer, la Nouvelle‐Calédonie, et en particulier le peuple indigène Kanak, partage une relation houleuse avec ce dernier.

Vieux vent d’indépendance

Les revendications indépendantistes des Kanaks prennent leur essor dans les années 1980. Les velléités autonomistes des années 1960 ont alors laissé place à des positions plus radicales. Le Front de libération kanak et socialiste (FLNKS), principale organisation indépendantiste, naît en 1984.

Pour Sarah Mohamed‐Gaillard, historienne spécialiste de la Nouvelle‐Calédonie,

« Avec le passage à la cinquième République, on avait promis aux Kanaks plus d’autonomie. Mais finalement ce sera l’inverse. Le fait que l’État ne respecte pas sa parole marquera les esprits. »

L’élection de François Mitterrand en 1981 apporte un vent d’espoir aux Kanaks. Le Président se dit en faveur d’un référendum d’autodétermination. « Mais dans les règles de la République : c’est à dire une voix égale un homme », détaille Sarah Mohamed‐Gaillard. Or, les Kanaks sont minoritaires dans l’archipel, « ils se sentent ignorés, ce qui cristallise les tensions ».

Le tournant de 1988

L’année 1988 marque un tournant dans la relation qu’entretiennent les indépendantistes kanaks et l’État français. Le 25 avril, un commando d’indépendantistes occupe la gendarmerie de Fayaoué, dans le nord de l’archipel. L’opération dégénère. 27 gendarmes sont pris en otage. Le 5 mai, l’armée française donne l’assaut dans la grotte d’Ouvéa, où la troupe est retenue. Bilan : 19 militants kanaks et deux militaires tués.

« Avec le bain de sang d’Ouvéa, le conflit atteint son paroxysme, commente Sarah Mohamed‐Gaillard. Le traumatisme est très fort, et chaque camp comprend qu’il n’existe qu’une alternative :  continue dans la violence et risquer la guerre, ou commencer à dialoguer ». C’est cette seconde option qui est choisie.

Avec les accords de Matignon, signés le 26 mai 1988, l’État se pose alors en « garant » de la Nouvelle‐Calédonie. Il s’engage à résoudre les inégalités criantes sur le territoire. Dix ans plus tard, l’Accord de Nouméa est signé à son tour. Il prévoit l’organisation d’un référendum d’indépendance en 2018.

Des plaies « encore vives »

Depuis, le dialogue se poursuit, mais un sentiment de méfiance persiste au sein de chaque camp.

Comme le rappelle Sarah Mohamed‐Gaillardon :

« Il y a régulièrement des accès de violence, comme l’assassinat du leader du FLNKS Jean‐Marie Tjibaou en 1991. Mais le dialogue n’a jamais été rompu. »

La visite d’Emmanuel Macron en Nouvelle‐Calédonie, trente ans exactement après le drame d’Ouvéa, ravive des blessures encore fraîches. « Ouvéa est une île martyre, affirme l’historienne. De nombreuses familles touchées par les événements de 1988 sont toujours là, et les plaies sont encore vives. L’histoire coloniale n’est pas apaisée. »

Illustration : Drapeau du FLNKS