Comment calcule‐t‐on le « déficit écologique » ?

La France est entrée en « déficit écologique ». Un indicateur apprécié par les défenseurs de l'environnement... mais au mode de calcul complexe.

« L’autre déficit de la France. » Dans un rapport d’une trentaine de pages publié vendredi, l’ONG WWF et l’institut Global Footprint Network s’alarment de la hausse de la « dette écologique » de la France. Pascal Canfin, le directeur général de WWF France, résume :

« Si le monde entier vivait comme les Français, l’humanité commencerait à creuser son déficit écologique dès le 5 mai. »

Qu’est-ce que le « déficit écologique » ? Comment se calcule‐t‐il ? Et est‐il un indicateur fiable ? Le décryptage des Ateliers du CFJ.

Qu’est-ce que le « déficit écologique » ?

Le « déficit écologique » est le solde négatif entre les ressources naturelles disponibles (la biocapacité) et les ressources naturelles consommées (l’empreinte écologique).

Chaque année, WWF détermine le « jour du dépassement mondial ». C’est-à-dire le jour où la planète entre en « déficit écologique » et commence à vivre à crédit. Le 2 août, l’an dernier.

Pour la première fois, en 2018, l’ONG mesure « le jour du dépassement écologique de la France ». Le 5 mai, donc. Objectif : sensibiliser l’opinion alors que « plusieurs lois et décisions sont attendues dans les mois qui viennent », selon Pascal Canfin, dans La Croix.

Comment le « déficit écologique » est‐il calculé ?

Le « déficit écologique » n’est pas calculé par l’ONG WWF mais par Global Footprint Network, un institut de recherche international basé aux Etats‐Unis, en Suisse et en Belgique.

Celui‐ci compile un grand nombre de données de l’ONU relatives à la consommation de la population et à la productivité des sols. « Environ 15 000 données par pays et par an », révèle Mathis Wackernagel, président de Global Footprint Network, aux Ateliers du CFJ.

Aurélien Boutaud, chercheur et consultant, explique :

« Pour mesurer l’empreinte et le déficit écologique, on transforme les quantités de matière consommées (en tonnes) en surfaces de terres utilisées (en hectares). Par exemple, on calcule combien de prairies et de champs sont nécessaires pour produire telle quantité de bœuf. »

Quelles sont les limites du « déficit écologique » ?

L’indicateur utilisé est loin d’être parfait. Comment convertir des tonnes de pétrole ou de gaz en des hectares de terres ? « C’est un peu fictif et fantôme », reconnaît Aurélien Boutaud.

Dominique Bourg, philosophe et professeur à l’université de Lausanne (Suisse), ajoute :

« L’indicateur efface toutes les différences sociales. Il prend les consommations globales, à l’échelle d’un pays. Mais un cadre consomme plus qu’un ouvrier. »

Pour Aurélien Boutaud, la méthode est aussi « anthropo‐centrée » :

« On part du principe que toutes les ressources naturelles sont disponibles. Or, il faudrait préserver 15 à 20 % des surfaces biologiquement productives. »

« Il faut prendre cet indicateur au sérieux », affirme néanmoins Dominique Bourg. « Il donne une estimation sérieuse de la problématique », précise Aurélien Boutaud. Et d’ajouter : « Il a des limites, comme tout indicateur agrégé, mais pas beaucoup plus que le PIB. »

Illustration : AP Photo / Michel Euler