Le cirque est mort, vive le cirque !

Face aux défenseurs de la cause animale qui se réjouissent de la liquidation du cirque Pinder, les amoureux du cirque traditionnel décrivent un monde de rêve et de souvenirs. Un patrimoine qui vaut la peine d'être protégé.

Les chapiteaux jaune et rouge, les trapézistes en pleine voltige et les numéros de lions dressés sont leurs madeleines de Proust. L’annonce de la mise en liquidation judiciaire du cirque Pinder mercredi 2 mai, les a bouleversés. Pour les défenseurs du cirque traditionnel, il faut protéger les cirques de notre enfance. En dépit des critiques qui les accusent de maltraitance contre les animaux.

Un art familial

Cyril Vignier, père de famille de 40 ans, a toujours emmené ses enfants au cirque. Pourtant, lui aussi déplore les pratiques du secteur. « Les animaux attachés sur un poteau en plein soleil » lors des passages des troupes de Zavata dans son village du Vaucluse, ou « les lions qui hurlent depuis les camions », par exemple. Mais pour lui, le spectacle est « une forme de transmission familiale » :

« J’ai grandi en visitant les cirques avec mon père et mes quatre frères. J’ai donc voulu y emmener mes enfants. »

« Le cirque traditionnel évoque des émotions d’enfance, que l’on veut partager à ses enfants », confirme Gwénola David, auteure de l’ouvrage Les arts du cirque et directrice du Centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre. « C’est un art familial. Et l’un des plus fréquentés en France ». Bien qu’aucun chiffre officiel ne soit disponible, elle estime la fréquentation à 13 millions de spectateurs par an. Dans les années cinquante, l’émission télévisée La piste aux étoiles, extrêmement populaire, en a fait un véritable patrimoine culturel, explique‐t‐elle.

Plein les yeux

C’est aussi le côté « merveilleux » du cirque qui garantit son succès. « C’est important de montrer des lions aux enfants, pour le rêve », témoigne Daniel Malard, retraité du secteur de l’hôtellerie. Bien qu’elle ait peur des clowns et qu’elle se dise « mal à l’aise face aux animaux en cage », Léa, 23 ans, reste attachée à la créativité du cirque. « C’est un travail artistique, au même titre que le théâtre », estime cette jeune étudiante en médecine. « Le cirque traditionnel ne peut pas disparaître ! ».

Selon Gwénola David, le cirque véhicule des émotions « très fortes » auxquelles chacun peut s’identifier. La dangerosité des numéros d’acrobates et les postures improbables des contorsionnistes « nous renvoient à notre façon d’éprouver notre corps et notre condition d’humain », détaille‐t‐elle. « Les enfants aiment sauter sur des lits, marcher sur bord trottoir, se suspendre aux arbres… Ils défient la gravité. » Il en est de même pour le cirque : « Il symbolise le fait de surmonter sa peur », et remplit en cela « une fonction anthropologique ».

Partout, pour tous

C’est enfin la mobilité des troupes qui fait la particularité du cirque traditionnel. Du haut des Alpes au cœur de Paris, « le cirque traditionnel est présent partout, y compris dans des endroits où il y a très peu d’offre culturelle, rappelle Gwénola David, contrairement au théâtre ».

Du côté des professionnels du secteur, c’est un mode de vie à part entière. Pieric Furic, quinquagénaire dresseur de chevaux en pleine tournée à travers la Roumanie, décrit « un monde enchanteur, un univers des temps passés qui s’oppose au monde moderne ». 

« C’est un art d’hier. Aujourd’hui, qui démonte et remonte entièrement une salle de spectacle, au gré d’une vie d’itinérance ? Personne. »

L’occasion de rappeler que les cirques traditionnels ne reposent pas que sur les numéros d’animaux. « Les trapèzes, les clowns, les chapiteaux… le cirque traditionnel possède tout un répertoire propre, précise Gwénola David, une différence fondamentale avec le cirque contemporain », qui donne la part belle à la création conceptuelle. Il est donc capable de s’adapter « tout en respectant la législation, qui protège les animaux depuis 2011 ». Et en conservant son caractère fédérateur, ouvert à tous.

 

Illustration : Mister_Jack, Festival de Cirque de Massy 24, 12 janvier 2013