Romanée‐Conti, le chemin de croix vers la dégustation

Pour posséder le vin le plus cher du monde, il ne suffit pas d'avoir les moyens. Le domaine de la Romanée-Conti en Bourgogne veille rigoureusement sur ses bouteilles, sujettes à de nombreuses contrefaçons.

Dans l’univers de l’œnologie, le Romanée‐Conti matérialise le graal de tout amateur de vin. Cette bouteille provient d’un petit vignoble — 1,8 hectare — établi sur la Côte de Nuits, un terroir exceptionnel à mi‐chemin entre Beaune et Dijon (Côte-d’Or). Le rendement est extrêmement faible : entre 3 000 et 7 000 bouteilles par cuvée. La dernière remonte à 2011. D’une immense rareté, ce grand cru s’échange à prix d’or, entre 15 000 et 83 000 € les 75 centilitres, selon le site spécialisé Wine‐seacher. Il est ainsi considéré comme le vin le plus cher du monde.

Cette spéculation engendre inévitablement de la contrefaçon, notamment en Chine où les appellations ne sont pas respectées. La presse régionale bourguignonne n’a pas hésité à se moquer début mai d’une bouteille fallacieuse, repérée par un groupe Instagram du nom de Fake wine in China. Il se propose de débusquer ces arnaques plus ou moins crédibles. L’étiquette en question indiquait un cabernet‐sauvignon du Languedoc, tandis que tout amateur de vin qui se respecte sait qu’un Richebourg — un vin du domaine de la Romanée‐Conti (DRC) — est un pinot noir de Bourgogne.

Être ou ne pas être allocataire

Afin de protéger son cru le plus prestigieux, le DRC a mis en place un système drastique visant à tracer les propriétaires des bouteilles de la Romanée‐Conti. À chaque millésime, environ deux tiers des bouteilles sont réservées aux professionnels : grands sommeliers, palaces et autres tables étoilées.

Le reliquat est accessible uniquement à des particuliers privilégiés possédant une « allocation » du domaine. Un sésame difficile à obtenir puisqu’il faut être reconnu et estimé par les propriétaires du domaine en personne, messieurs Aubert de Vilaine et Henry‐Frédéric Roch, pour figurer sur cette liste. L’agrément est accompagné d’une charte qu’il faut impérativement signer. Celle‐ci stipule par exemple qu’il est interdit de revendre une bouteille (hors table) sans l’accord du domaine.

Par ailleurs, tout flacon doit être détruit une fois vide, pour éviter d’être de nouveau remplies d’un « faux » liquide. Chaque exemplaire comporte un numéro de série, grâce auquel il est possible de remonter à l’acheteur d’origine. Ainsi, tout manquement à ces règles est susceptible de lui faire perdre son allocation DRC.

Des obstacles en cascade

Difficulté supplémentaire, la bouteille ne peut être achetée seule. Á sa sortie du domaine, elle est forcément vendue en caisse avec un panaché des autres grands crus DRC. Il faut donc débourser au minimum le prix des six bouteilles. Afin d’éviter la spéculation et la contrefaçon, le Romanée‐Conti se retrouve destinée à une poignée de chanceux. Le plus grand amateur de vin qui soit, même en économisant durant des années, peut ne jamais y tremper ses lèvres. Bernard Pivot, auteur du Dictionnaire amoureux du vin (Plon, 2006), racontait n’avoir goûté que cinq fois le fameux nectar.

Dernière alternative, se rabattre sur les ventes aux enchères. Le prix final, objet de toutes les spéculations, est alors sacrément salé. En juin 2017, un jéroboam 1999 avait été cédé pour 73 600 € à Genève. La dégustation est d’autant plus risquée que le parcours du flacon s’avère invérifiable. La bouteille peut avoir subi de nombreux chocs, notamment thermiques, ce qui peut nuire gravement à sa qualité. Elle peut également, sous réserve d’une mauvaise expertise, renfermer un faux Romanée‐Conti, un comble.

Illustration : Nico de Petter / Flickr