Blocages : les universités forcent la tenue des examens

A Strasbourg, certains examens ont été délocalisés. Les facultés bloquées à Paris, Montpellier ou Rennes n'ont pas toujours choisi cette option... au risque de laisser la triche se banaliser.  

« Tout le monde a triché pendant les examens. » Lou veut mettre fin à l’hypocrisie. Cette étudiante en troisième année de double-licence Lettres Modernes et Cinéma a connu plusieurs formes de partiels cette année. À Montpellier, l’administration de la faculté Paul Valéry a tout fait pour éviter les perturbations liées aux blocages : partiels délocalisés, examens transformés en devoir maison, oraux…  Peut-on aller vérifier une réponse sur internet pendant l’examen ? Oui, tous les étudiants le font, estime l’étudiante montpelliéraine.

“Un examen sous surveillance policière”

Lou dénonce les choix de l’administration universitaire :

« Il y avait des examens à faire sur internet. Je n’ai pas de wifi chez moi, donc j’ai dû le faire en bibliothèque ou dans des cafés. C’est pas tout. On nous prévenait de certains examens à la dernière minute. Du coup, je n’ai pas eu le temps de rendre une copie. Puis, il y a cet examen passé dans un lycée sous surveillance policière. On a contrôlé mon identité à l’entrée parce que j’avais sur moi des pancartes que je voulais utiliser pour une manif’ l’après-midi. Je n’ai pas répondu aux questions de l’examen. J’ai voulu dénoncer la présence policière et la sélection derrière la loi ORE. (relative à l’Orientation et Réussite des Etudiants) »

Un manque d’information

Un étudiant de l’Université de Nanterre critique le manque d’informations relatives aux partiels. Depuis le 7 mai, il sait que ses examens se dérouleront en fin de semaine à Arcueil (94). Pourtant, à deux jours du premier partiel délocalisé, « on vient de se rendre compte qu’ils ont encore modifié les horaires ce matin, à deux jours dudit examen. »

Dernière solution : la validation sans examen

Florian Mazet, président du syndicat Unef à Nanterre, se montre moins critique. Il explique que l’Université a recours à trois solutions pour faire passer les examens.

  • Devoirs réalisés à la maison
  • Examens délocalisés
  • Et enfin, le professeur peut décider que les notes du contrôle continu suffise à évaluer les connaissances de l’élève.

Le syndicaliste n’y voit aucun impact sur la réputation du diplôme décerné. Il réagit aux accusations de triche, permise par l’utilisation d’internet pendant un examen :

« Il y a des licences à Assas, comme Agor@ssas, où vous avez beaucoup de cours dispensés en ligne. L’examen se fait en ligne pendant une heure trente, chez soi. Et les étudiants d’Agor@ssas reçoivent un diplôme de droit à la fin de leur cursus. Nous devons développer la pédagogie numérique, d’autant plus qu’’il n’y a pas assez de places pour les étudiants dans les Universités. »

Rumeurs sur une surveillance policière

À Rennes, Maxime est le délégué de la filière Langues Littérature Civilisation Etrangère (LLCE) anglaise. Son administration a refusé de recourir aux examens délocalisés. L’étudiant ne peut pas informer ses camarades sur la façon dont les partiels se tiendront. Une rumeur circule dans la faculté Rennes 2 : la police pourrait débloquer le bâtiment et les examens se dérouleraient sous surveillance policière.

Strasbourg : des examens à tout prix

À Strasbourg, François, militant de l’UNI et membre actif du collectif contre les blocages, est plutôt satisfait : « La plupart des examens ont eu lieu. Ils ont été délocalisés dans des bâtiments plus éloignés. »

Le président de l’Université de Strasbourg, Michel Deneken, avait affirmé que les partiels se tiendraient « coûte que coûte ». C’est chose faite selon François : « Les bloqueurs s’attendaient à ce que les examens soient perturbés mais la proposition en AG a été rejetée à la majorité. » A‑t-il été personnellement affecté par les blocages? L’étudiant en Administration Economique et Sociale (AES) a pu passer ses examens en toute tranquillité : la faculté de droit n’a pas été bloquée.

Illustration Flickr Campus France