Sébastien Phalippou, un cheminot à la rencontre des Français

Trois cheminots ariégeois ont traversé la France à pied pour protester contre le désengagement de l’État dans les territoires ruraux. Rencontre avec un homme « en marche », mais pas avec Macron.

Marcher plus de 700 km, de Pamiers (Ariège) à Paris, pour porter un message à l’Elysée. C’est le projet un peu fou de trois cheminots opposés au projet de réforme de la SNCF du gouvernement. Un succès : ils sont arrivés le 8 mai à Paris et ont finalement été reçus à l’Elysée par deux conseillers d’Emmanuel Macron. Sur leur blog, ils relatent leur périple.

Sébastien Phalippou, 40 ans est l’un d’entre eux. Scandalisé par la possible suppression — depuis démentie par le gouvernement — de lignes de chemins de fer dans l’Ariège, ce représentant syndical SUD rail a décidé avec deux collègues de marcher pour protester autrement que par la grève. « Nous cherchions une autre manière de dialoguer avec les gens » explique‐t‐il aux Ateliers du CFJ. « Nous souhaitions faire des rencontres et savoir ce que pensait la population de la réforme de la SNCF. »

À raison de 25 à 30 km par jour, les trois amis ont réussi à rejoindre la capitale en un mois. Un mois sans salaire, un mois sans voir leurs proches. Chaque soir, les trois acolytes logeaient chez un habitant volontaire pour les héberger. « Il y avait des cheminots et des gens lambda. En proportion, c’était 50/50 » se souvient Sébastien Phalippou. Pour lui, l’expérience a été dure mais enrichissante. « Je n’avais jamais fait ce genre de chose.» Il n’était pas non plus « un grand marcheur avant de partir », les ampoules sur ses pieds sont là pour le prouver.

Une initiative citoyenne

Le cheminot l’assure, le projet « Marche ou grève » n’a rien à voir avec son engagement syndical :

« C’est une initiative citoyenne beaucoup plus large. L’affilier à un syndicat peut rebuter les gens.  Ce n’est pas ce que nous recherchions. D’ailleurs, parmi les deux camarades qui m’ont accompagnés, l’un est à la CGT et l’autre est en retraite. Il n’appartient à aucun syndicat. »

Au fil de leur marche, Sébastien Phalippou et ses compagnons de voyage ont élargi leurs revendications. « Nous ne nous focalisons pas que sur la SNCF », assure le cheminot, employé depuis 19 ans par l’entreprise. « Sur la route, les gens nous ont aussi parlé de la fermeture d’autres services publics comme les gares ou les hôpitaux. Partout l’État se désengage. Et ce n’est pas normal. »

Ils ont transmis le message à l’Elysée, même s’ils doutent que cela change quoi que ce soit. « Les conseillers ont pris beaucoup de notes lorsqu’on leur a rapporté ce que les gens nous ont dit. Mais, je ne sais pas ce qu’il en feront. »

Sébastien Phalippou considère néanmoins que « Marche ou grève » est un « succès ».  « Beaucoup de gens sont venus nous voir, c’est déjà une victoire. On portait un espoir. »

Il assure avoir rencontré peu de Français en opposition avec le projet. « On a parlé avec deux personnes qui étaient contre la grève de la SNCF. Mais ils soutenaient notre initiative.» Il déclare avec fierté que la page Facebook « Marche ou grève » a plus de 1000 abonnés et certaines de leurs publications comptent près de 50 000 partages. À leur arrivée à Paris, les trois cheminots ont été accompagnés dans leur marche par des sympathisants.

Photo : http://marche-ou-greve.over-blog.com/