Examens délocalisés puis bloqués : le ras-le-bol des étudiants de Paris Nanterre

Face au blocage de la maison des examens, l'université Paris Nanterre a annulé les partiels prévus le 11 et 12 mai. De nombreux étudiants dénoncent la mauvaise organisation de la direction. 

« Notre examen est prévu dans une heure et on ne sait même pas si on va le passer. » Paul Vincent et Fabiola font la gueule dans le RER B. Les deux étudiants de l’université Paris Nanterre se rendent à la maison des examens d’Arcueil. Ils ne savent pas s’ils plancheront sur l’épreuve de droit pénal prévue le 11 mai à 11h. Portable à la main, ils lisent les messages publiés sur les réseaux sociaux. Les deux jeunes en première année de droit comprennent que leur partiel est compromis par des bloqueurs.

Les bloqueurs crient victoire

Depuis le début du mois d’avril, le fonctionnement de l’université de Nanterre est perturbé par des blocages intermittents. Des partiels prévus mi-avril ont été reporté d’un mois. Le 11 mai, les opposants à la réforme de l’orientation post-bac se sont donné rendez-vous à Châtelet à 6h45. Ils se sont rendus à la maison des examens avant les étudiants désireux de terminer l’année scolaire. Vers 10h30, les bloqueurs crient victoire, non sans ironie :

« La République de Nanterre proclame la victoire suite à l’annulation des examens. »

En fin de matinée, Camille tient le mégaphone. Il harangue la foule avant d’annoncer que les examens prévus le 11 et 12 mai ont été annulés par la présidence de l’université Paris Nanterre.

Colère contre la direction

Camille a participé au blocage de la maison des examens. Selon cet étudiant en troisième année d’histoire, aucun élève ne s’est plaint directement auprès des bloqueurs. Il explique :

« Les étudiants sont surtout en colère contre la décision de la direction de délocaliser les examens. Ça emmerde tout le monde de venir ici et de se faire gazer par les flics. »

En fin de matinée, les forces de l’ordre tenaient les étudiants à distance de l’entrée de la maison des examens.

« On est juste coincé par les blocages »

Devant l’imposante bâtisse, la rue Ernest Renan se vide peu avant midi. Il reste autant de policiers que d’étudiants. Ils sont un peu plus d’une centaine en tout. Jean-François reste immobile à quelques mètres de la station du RER B. Il tient son cours de droit pénal dans un dossier vert. Agent d’accueil à temps plein pour payer ses études, l’homme de 22 ans est remonté contre les bloqueurs :

« J’ai pris toutes mes vacances de l’année en mai pour passer les partiels. Je suis contre cette loi, mais elle a déjà été votée. Alors on est juste coincé par ces blocages. »

Une répression policière non-ciblée

La critique de l’étudiant s’adresse aussi à la direction de l’université. « Je me suis pris du gaz lacrymogène dans les yeux en arrivant, explique-t-il, ce ne sont pas des conditions pour passer des examens… »

L’élève est interrompu par Lydia, une autre étudiante en droit. Elle cherche un journaliste pour dénoncer « l’incompétence du président [de l’université Paris Nanterre, ndlr] ». Pour la jeune femme de 19 ans, les partiels délocalisés sont un échec :

« On a aucune information, puis on reçoit des dates en dernière minute. Aujourd’hui, on arrive à Arcueil et on est même pas sûr de passer les examens. En plus, des étudiants se font gazer alors qu’ils ne viennent même pas pour bloquer le bâtiment. On est en France ici, ça devrait être une démocratie, pas un Etat policier! »

La direction : « Aucune information »

Sous le ciel bleu, les élèves de Paris Nanterre quittent Arcueil la tête pleine de questions : les examens seront-ils reportés? Si non, quelles formes prendront-ils? Un étudiant espère que ses billets pour la Tunisie n’auront pas été achetés pour rien.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le secrétariat de la présidence n’a « aucune information » pour répondre à ces interrogations. Dans un communiqué publié en fin de matinée, l’université affirme que « d’autres évaluations de qualité seront mises en œuvre, quelle qu’en soit la forme. »

Il est midi quand les derniers étudiants, les plus engagés, quittent les lieux. Certains retournent à l’université Paris Nanterre où une réunion est annoncée pour décider des prochaines actions. D’autres se dirigent vers les catacombes de Paris pour soutenir des agents en grève depuis plus de deux semaines. La prochaine assemblée générale des étudiants en lutte est prévue mardi 15 mai. Deux propositions seront soumises au vote : la validation automatique de l’année pour tous les étudiants et … la demande de démission du président de l’université, Jean-François Balaudé.

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Illustration : Devant la maison des examens à Arcueil, des étudiants bloquent l’organisation des partiels / Guillaume Krempp