Vélib’ : les salariés grévistes assignés en justice par Smovengo

Ce vendredi, 37 salariés de l'opérateur Smovengo, gestionnaire de Vélib' ont été assignés à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris, pour grève illégale. Les régulateurs grévistes dénoncent de mauvaises conditions de travail.

Ils sont plus d’une trentaine à s’être donné rendez‐vous ce vendredi 11 mai à 14h, devant le Tribunal de Grande Instance de Paris. Quelques drapeaux CGT flottent en signe de ralliement. Pas de scène, de cris, ni de grandes revendications. Ils sont rassemblés en silence, pour certains la peur au ventre. Et pour cause, dans une heure ils seront trente‐sept à comparaître en correctionnelle pour « grève illégale » contre le nouvel opérateur de Vélib’, Smovengo.

Ils écoutent avec grande attention le discours de leur avocate, maître Aïcha Ouahmane, qui a pris en main le dossier et est venue rassurer les troupes. « Vous ne risquez rien », insiste‐t‐elle. Certains craignent que la grève ne soit perçue comme un abandon de poste.

En grève depuis le 17 avril, les agents régulateurs de Smovengo, souvent des ex‐employés de Cyclocity, l’ancien opérateur de Vélib’ avec JC Decaux, dénoncent la dégradation de leurs conditions salariales :

« Avant, la majoration de nuit était de 45%, les dimanches et jours fériés étaient payés double, quant au panier de jour, il s’élevait à 12 euros. Avec la nouvelle société, nous avons une majoration de nuit de 10% et plus rien en ce qui concerne les dimanches et jours fériés. »

En deux semaines, les grévistes ont rencontré les dirigeants de Smovengo à trois reprises pour leur faire part de leurs revendications. Autour de la table, les quatre employés désignés se sont retrouvés en face d’une direction complètement fermée au dialogue : « Ils nous ont dit qu’il était impossible de remettre la majoration de nuit à 45%. En ce qui concerne les dimanches et jours fériés, ils vont essayer de faire quelque chose. Et finalement, ils ont augmenté notre panier de jour de 25 centimes pour qu’il atteigne 6 euros par jour ! »

Les grévistes accusés d’être la cause des dysfonctionnements de Vélib’

Maître Touranchet, qui défend l’entreprise, plaide pour que celle‐ci soit reconnue comme relevant du service public, auquel cas un préavis de grève doit être déposé. Une disposition que les grévistes n’ont pas prise.

De plus, l’entreprise les accuse de tenir un piquet de grève devant les grilles des dépôts d’Alfortville et de Villeneuve‐la‐Garenne, ce qui empêcherait les non‐grévistes de travailler.

Pour maître Aïcha Ouahmane, « après avoir accusé JC Decaux, la mairie de Paris, les grévistes sont accusés d’être la cause de tous les dysfonctionnements de Vélib’. » Or, comme le souligne un technicien, « les problèmes ont débuté dès le 1er janvier, date du début de livraison des nouvelles stations vélib’. Depuis trois mois, le nouveau système n’a jamais fonctionné, soit bien avant le début notre grève qui est effective depuis trois semaines ».

Selon les assignés, Smovengo aurait employée des intérimaires pour remplacer les grévistes, ce qui est pour la défense « complètement illégal ».

À la sortie du tribunal, les salariés se rassemblent une dernière fois. Plusieurs idées sont lancées : consulter les mairies limitrophes, distribuer des tracts, mais surtout continuer à informer les usagers et maintenir le dialogue avec eux.

Pour Didier le Reste, conseiller communiste de Paris qui a fait le déplacement :

« La direction de l’entreprise ferait mieux de consacrer son temps, son énergie et son argent à ouvrir de véritables négociations sociales avec les salariés plutôt qu’être dans la confrontation. De plus, ça serait important qu’ils commencent à honorer le contrat qu’ils ont passé avec la ville de Paris. »

Une nouvelle délégation est invitée lundi après‐midi à rencontrer la direction. Le verdict est attendu ce même‐jour à 14h.

Illustration : Romane Ganneval