Aux urnes, cheminots !

Les syndicats de la SNCF organisent un référendum sur la réforme de la compagnie, du 14 au 21 mai. Une consultation avant tout symbolique.

« Je suis puni ! », se marre Rachid. Le grand gaillard, 34 ans, est conducteur de train, membre de la CGT. Lundi matin, près de la gare de Lyon, il n’était pas en charge d’une rame… mais d’une urne.

Du 14 au 21 mai, l’intersyndicale (CGT, SUD, Unsa et CFDT) invite les 147 000 agents de la SNCF à se prononcer sur la réforme de la compagnie ferroviaire. La question posée est la suivante :

« Etes‐vous pour ou contre le pacte ferroviaire porté par le gouvernement ? »

Rachid, conducteur de train, est l’un des assesseurs de la consultation.

Posté à l’extérieur du local où doit se tenir l’assemblée générale des cheminots grévistes, Rachid, l’assesseur de la gare de Lyon, est vite débordé par l’affluence. Ici, tout le monde vote contre la réforme du gouvernement. Mélina, agent d’accueil CGT, explique :

« Pour voter, les cheminots doivent d’abord s’inscrire sur une liste d’émargement. Ils doivent préciser leur nom, leur prénom, leur numéro de matricule et leur lieu de travail. »

Les syndicats n’ont prévu ni isoloir, ni bureau de vote fixe. Ils ont préféré installer des « urnes itinérantes ». Aux portes des assemblées générales, donc. Mais aussi dans les ateliers, les postes d’aiguillage. « Si on veut toucher tout le monde, il faut bouger, aller partout », justifie Mélina.

Un cheminot signe la feuille d’émargement, lundi, gare de Lyon à Paris.

Le gouvernement et la direction de la SNCF ont prévenu : la consultation organisée par l’intersyndicale n’a « aucune » légitimité« Ca compte pour du beurre », grince un cheminot, mécontent. « C’est symbolique », lui répond Maxime, 30 ans, conducteur de train. « Et ça peut motiver les non‐grévistes », ajoute Pascal, 59 ans, aiguilleur.

Pas de risque de fraude, selon les syndicats

Et le risque de fraude ?  « Comme dans toute élection, il existe », dit Mélina. « Accuser les syndicats de magouiller, c’est facile, peste Pascal. L’entreprise n’avait qu’à l’organiser, cette consultation. » Bérenger Cernon, le patron de la CGT Cheminots à la gare de Lyon, temporise :

« On ne va pas jouer à ça. Tous les soirs, on va contrôler les feuilles d’émargement. Si on constate qu’un cheminot a voté deux fois, on l’appelle et on lui demande ce qu’il a voté pour ensuite retirer le bulletin. »

Deux cheminots montrent fièrement leur bulletin, lundi, gare de Lyon, à Paris.

Pour l’heure, les partisans de la réforme au sein de l’entreprise n’ont pas prévu de participer au référendum. « Ce matin, on a essayé de faire voter une vingtaine de cadres, raconte Gérard, aiguilleur. Ils ont tous refusé de voter pour ne pas donner de caution au vote. »

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Les gilets rouges (du personnel mobilisé en période de grève) rencontrés dans le hall de la gare de Lyon lundi matin hésitent eux aussi à participer. « C’est compliqué », esquive un agent. « D’ailleurs, comment fait‐on pour voter ? », demande un deuxième. « On n’a pas beaucoup d’infos, on n’a pas reçu d’invitation », souligne un troisième.

« Plus de 80% des cheminots ont fait au moins un jour de grève depuis le début du mouvement. On attend donc 80% de votes contre la réforme, ou plus », assure Bérenger Cernon, de la CGT Cheminots.

Illustration : Paul‐Luc Monnier