Être vegan : entre convictions et contraintes physiques

Certains vegans connaissent des effets secondaires dus à leur régime alimentaire sans source animale. Pour ces personnes, la seule solution pour aller mieux est de réintégrer de la viande à leur alimentation.

J’ai arrêté d’être vegan”, annonce Morgane Enselme sur Youtube le 13 novembre 2016. Après avoir passé deux ans sans manger de produit de provenance animale, la jeune femme a réintégré de la viande et des produits laitiers à son alimentation. Pourquoi ? Pendant un an, Morgane explique avoir “eu mal au ventre presque tout le temps”. Après avoir consulté différents professionnels de santé, après avoir fait des analyses qui n’indiquaient aucune carence, après avoir utilisé des compléments alimentaires, bref, après avoir vécu ce qu’elle décrit comme un “cauchemar”, Morgane se rend à l’évidence : son corps refuse l’alimentation vegan.

La chaîne Youtube de cette ancienne candidate à Secret Story réunit des vidéos de conseils pour mener une vie saine et éthique : recettes vegans, tutoriels avec du maquillage bio et tranches de vie. Morgane Enselme est la première youtubeuse francophone à aborder le sujet des effets secondaires liés au véganisme. Un tour sur la toile suffit à se rendre compte qu’elle n’est pas la seule dont le corps se rebelle après le passage d’un régime omnivore à un régime vegan. Il existe chez certaines personnes des effets indésirables au véganisme.

Le véganisme est un mode de vie qui exclut la consommation de tous produits animaux (y compris les textiles, les cosmétiques et autres activités). C’est une démarche politique contre l’exploitation animale qui induit un régime alimentaire végétalien. Ce régime se distingue du végétarisme qui consiste uniquement à retirer la viande et le poisson de son alimentation tout en gardant les produits laitiers et les oeufs. Il n’existe pas aujourd’hui de chiffres concernant la population vegan en France.

“Ils prennent des risques”

Les études universitaires s’accordent à dire que les vegans ont une santé meilleure ou égale  en comparaison avec les omnivores. En revanche, les vegans peuvent subir des carences en vitamine B12, en fer et en calcium. Voilà la source des effets secondaires de l’adoption d’un tel régime alimentaire. Selon Jean‐Michel Lecerf, médecin nutritionniste à l’Institut Pasteur de Lille, une carence en vitamine B12 peut provoquer “des troubles neurologiques, dépressifs, cognitifs, des risques de sclérose de la moelle épinière et des anémies sévères”. De nombreux vegans ont recours à des compléments alimentaires pour pallier ce manque.

Etre vegan est donc bon pour la santé, lorsque le consommateur a conscience qu’il faut compléter son alimentation. “Un adulte très bien instruit peut s’en sortir à condition d’être très attentif et de se supplémenter en B12”, selon le docteur Lecerf. La nutrithérapeute Rose Razafimbelo, elle‐même vegan depuis deux ans, est également favorable à un régime végétalien mais seulement pour les femmes ménopausées et pour les hommes adultes. Cette population a moins de besoins en zinc, en fer et en vitamine B12, des éléments en très faible quantité dans le régime vegan. Les autres vegans “prennent des risques” d’après la nutrithérapeute,s’ils n’utilisent pas de complément alimentaire.

Certains médecins refusent de croire que le régime végétalien est sans risque. Pour la gastro‐entérologue Christelle Flobert, les “flatulences et douleurs abdominales” sont inévitables à cause de la trop grande présence de légumes et légumineuses dans le régime végétalien. Le professeur Eric Fontaine, ancien président de la SFNEP (Société francophone nutrition clinique et métabolisme), n’hésite pas à qualifier le régime végétalien de “trouble de comportement alimentaire atypique”. Il s’explique : “A partir du moment où on enlève tellement de produits que ça finit par des carences, cela peut être considéré comme un trouble.”

Guillaume, autoentrepreneur de 27 ans, ne savait pas qu’il fallait compléter son alimentation par des vitamines. A 22 ans, alors qu’il était vegan depuis quatre ans, Guillaume a eu des “problèmes de réflexion”, des maux de têtes incessants et des courbatures à répétition. Un neurologue lui diagnostique alors une sclérose de la moelle épinière. “Il m’a dit que c’était réversible mais qu’il fallait le traiter maintenant, se rappelle Guillaume. Du coup, j’ai recommencé à manger de la viande.” Aujourd’hui, il respecte un cadre donné par un diététicien pour s’assurer qu’il ingère assez de protéines. Il tente de trouver un équilibre entre produits animaux et protéines en poudre, une alternative qu’il préfère à la viande.

Pour certaines personnes, comme Morgane Enselme, tout se joue au moment de la digestion. Ballonnements, maux de ventre, gaz, diarrhée, constipation, les symptômes sont multiples et pas toujours expliqués. Pour Victoria, 21 ans, le changement a été trop radical pour son corps : “j’ai fait fausse route sur un point : les fibres. J’en ai introduit beaucoup trop d’un coup, c’est là que les problèmes intestinaux sont apparus.

Pour Audrey, c’était l’inverse. “J’ai commencé à avoir des maux d’estomac parfois parce que je compensais un peu trop sur les céréales, se souvient la Parisienne de 26 ans. J’en mangeais beaucoup trop et au niveau de la digestion c’était pas génial génial.” Carine, 41 ans, elle, n’a jamais mangé autant de hoummous. Cette mère de famille résidant à Marseille l’utilise pour remplacer la viande dans ses repas. Cette purée de pois chiche lui cause toujours des problèmes de digestion aujourd’hui. Elle s’apprête à essayer une recette au bicarbonate de soude pour voir si cela peut réduire ses inconforts intestinaux.

La majorité des vegans ne connaissent pas ces maux

Une grande majorité de vegans ne connaît aucun effet secondaire. Au contraire, ils se sentent en meilleure santé. Juliette, une Belge de 25 ans, est vegan depuis un an. Alors qu’elle les prenait pour des “extrémistes” avant de le devenir, elle s’est rendue compte qu’elle aussi voulait un monde “sans torture animale”. Pour modifier son régime, elle a pris son temps, en retirant la viande puis les produits laitiers. Ainsi, elle n’a jamais connu de problèmes digestifs. “Je pense que c’est à la personne de se renseigner pour savoir comment s’y prendre. Sans ma nutritionniste, je n’aurais pas su pour la B12”, confie‐t‐elle.

D’après les vegans, trouver un médecin qui accepte que le patient ne mange aucun produit de provenance animale n’est pas facile. Les professionnels de santé auraient tendance à rejeter tous les maux sur cette absence de protéine animale. “Ils viennent rarement consulter des nutritionnistes parce qu’ils vont entendre ce qu’ils ne veulent pas entendre”, révèle le professeur Fontaine. Par conséquent, les personnes intéressées se dirigent sur Internet pour tenter de trouver des réponses. Seulement, comme le constate la doctorante en physique Catherine Drysdale, vegan depuis un an, “cela prend du temps d’extraire les bonnes informations des articles propagandistes”. Guillaume en tire les même conclusions : “J’ai lu qu’il y avait autant de protéines dans le haricot rouge que dans le boeuf. Il y a énormément de mensonges sur Internet qui les mènent à des problèmes.

Sur les forums spécialisés, les sujets “anti‐ballonnement” et “problèmes digestifs” sont légion.Pourtant, les vegans contraints de manger de la viande pour améliorer leur confort intestinal ou pour pallier leurs carences sont parfois critiqués par leurs pairs. Juliette résume leur pensée  : ”C’est plus facile de dire qu’ils ne peuvent pas être vegan à cause de leur santé plutôt que de dire que la viande leur manque.” Morgane Enselme a fait l’expérience de ces attaques. La youtubeuse a supprimé la section commentaire de sa vidéo car elle recevait trop d’insultes.