Première année d’Edouard Philippe à Matignon : “C’est un peu le Fillon de Macron”

Le 15 mai 2017, Edouard Philippe était nommé Premier ministre par Emmanuel Macron. Un an plus tard, que retenir des débuts à Matignon de l’ancien maire du Havre ? Pour le spécialiste d’histoire politique française Christian Delporte, Edouard Philippe adopte une posture passive, propre au cadre de la Ve République.

Que retenir de la première année d’Edouard Philippe à Matignon ?


Les sondages ont montré qu’après plusieurs mois, les Français connaissaient encore mal son nom. Cela a permis à Emmanuel Macron de mettre en avant à la fois sa volonté de renouvellement de la vie politique, mais aussi de ne pas avoir à faire avec une personnalité trop forte, qui pourrait le contester. Il ne faut jamais avoir une personnalité trop forte lorsqu’on est Premier ministre en France.

Edouard Philippe a jusqu’ici exercé sa fonction de Premier ministre de manière très sobre. Il s’attache à s’appliquer au cadre de la Ve République : un président de la République qui fixe le cap et un Premier ministre qui exécute. Il ne dispose pas d’une grande liberté décisionnelle. En fait, c’est un peu le Fillon de Macron. Ce dernier annonce d’abord les grandes orientations, puis Edouard Philippe arrive en conférence de presse et explique comment on va faire.

Le couple Edouard Philippe-Emmanuel Macron serait donc un duo qui fonctionne ?


Tout à fait. Edouard Philippe est un homme de droite. De droite modérée, mais de droite. Et le programme politique appliqué par Emmanuel Macron est un programme qui lui convient. Pour le moment, ils sont sur la même ligne. Il n’y a pas de raison qu’il y ait de clash.

Si les deux partagent le même goût de la politique libérale, il ne faut pas oublier qu’Edouard Philippe a aussi été désigné par le président de la République afin de faire exploser la droite. Et ça a fonctionné. Le fait qu’Edouard Philippe ne soit pas encarté à La République en marche fait d’ailleurs partie de cette même tactique politique.

Edouard Philippe peut-il être l’unique Premier ministre du quinquennat ?

Il n’y a que deux raisons qui pourraient lui faire quitter ses fonctions. La première, ce serait un cas de désaccord majeur avec la politique du président de la République. Mais je n’ai jusqu’ici pas perçu le moindre désaccord entre les deux hommes. Par contre, une forte chute de la popularité d’Emmanuel Macron pourrait avoir des conséquences. Il faudrait alors créer un choc. Le choc, c’est de faire sauter le fusible. Et le fusible, c’est Edouard Philippe. Mais si la popularité d’Emmanuel Macron reste au même niveau ou si celle d’Edouard Philippe ne s’écroule pas, il n’y a pas de raison que ça bouge.

Reste la question des ambitions personnelles d’Edouard Philippe. N’aurait-il pas à un moment envie de plus de lumière, de plus de liberté dans ses décisions ? Je n’en ai pas l’impression. Il a déjà été à la tête d’une mairie, il ne va pas créer un parti… Je ne crois pas que ça fasse partie de ses objectifs. Finalement, le poste de Premier ministre, c’est un peu le rôle de sa vie.

Illustration : AP Photo/Kamran Jebreili