La Corée du Nord menace d’annuler son sommet historique avec les Etats‐Unis

Après des mois de réchauffement diplomatique, Pyongyang change de ton vis-à-vis de Donald Trump. Le pays menace d’annuler la rencontre historique entre Kim-jong un et le président américain. La raison avancée : des exercices militaires menés par les américains et les sud-coréens dans le sud de la péninsule.

Après des mois de réchauffement diplomatique, Pyongyang change (à nouveau) de ton vis‐à‐vis de Donald Trump. Le pays menace d’annuler la rencontre historique entre Kim Jong‐un et le président américain. En cause : des exercices militaires menés par les américains et les sud‐coréens dans le sud de la péninsule.

La scène internationale se réjouissait d’avance à l’idée de voir Donald Trump et Kim Jong‐un ensemble, lors d’une première rencontre exceptionnelle à Singapour, le 12 juin prochain. Mais ça ne pouvait pas être si simple : le sommet entre les présidents est désormais compromis.

La Corée du Nord s’insurge contre les manœuvres militaires, baptisées « Max Thunder », menées en ce moment même dans le sud de la péninsule par les forces américaines et sud‐coréennes. Des exercices perçus comme une menace, alors que les Etats‐Unis exigent que Pyongyang abandonne son programme nucléaire.

Ce mercredi 16 mai, le ministre adjoint des affaires étrangères de la Corée du Nord, Kim Kye‐gwan, s’est montré catégorique : si l’administration du président américain « nous met au pied du mur et exige unilatéralement que nous renoncions à l’arme nucléaire, (…) nous devrions reconsidérer la question de savoir s’il faut accepter le sommet à venir ».

Entamés le 11 mai 2018 en Corée du Sud, des exercices militaires mobilisent d’importants moyens aériens ainsi que des forces militaires américaines et sud‐coréennes. Selon le régime nord‐coréen, ils s’apparentent à un « racket militaire » et pourraient même servir de préparatifs à une frappe.

KCNA, l’agence de presse officielle nord‐coréenne, déplore une « provocation militaire délibérée contre l’atmosphère favorable qui prévaut dans la péninsule coréenne ». Pyongyang se sent pris au piège. D’un côté, les Etats‐Unis exigent un abandon total de son arsenal nucléaire — alors que le régime l’estime nécessaire à sa protection. De l’autre, les Américains continuent de s’exercer militairement dans le sud de la péninsule, avec l’aide des sud‐coréens.

Le sommet historique avec Donald Trump n’est pas le seul événement mis à mal. Pour marquer son mécontentement, Pyongyang a également annulé au dernier moment une rencontre de haut niveau avec la Corée du Sud, prévue ce 16 mai.

Peser dans le dialogue

De leur côté, les Etats‐Unis continuent de préparer le sommet et jouent la carte de la sérénité. Heather Nauert, la porte‐parole de la diplomatie américaine, a expliqué ne pas avoir été informée d’un changement de position nord‐coréen. S’ils ne montent pas au créneau, les Américains n’ont aucunement l’intention de suspendre l’opération Max Thunder.

Depuis le début de l’année 2018, les relations de Pyongyang avec la Corée du Sud et les Etats‐Unis se sont considérablement améliorées (retrouvez notre décryptage complet ici). Le régime nord‐coréen vient tout juste d’accepter de libérer trois prisonniers américains et de démanteler son site d’essais nucléaires.

Après avoir fait tous ces efforts, la Corée du Nord voudrait donc montrer qu’elle a aussi son mot à dire dans le processus de dialogue. C’est en tout cas ce que pensent certains spécialistes du pays, à l’instar de Dorian Malovic, interrogé par RFI.  Selon lui, la Corée du Nord « a fait un certain nombre de concessions depuis quelques mois et maintenant [elle] recadre un peu la communication de la Maison Blanche ».

Illustration : Séoul, 16 mai. Les chaînes sud‐coréennes commentent la menace de Kim Jong‐Un d’annuler le sommet historique avec Donald Trump. ©Associated Press