Les urgentistes jugent inefficaces l’augmentation des caméras dans leurs services

Le directeur général de l’AP-HP (Assistance publique — Hôpitaux de Paris), Martin Hirsch, a annoncé hier une augmentation de 40% des caméras dans les services d’urgence. Du côté des syndicats, la mesure ne convainc pas.

En annonçant mardi soir dans le Parisien « 40% de caméras supplémentaires d’ici à trois ans », Martin Hirsch a révélé ses mesures pour lutter contre les violences des usagers aux urgences. Les images capturées par les caméras seront visionnées dans des postes de sécurité. Une « vidéosurveillance intelligente » sera testée dans les mois à venir pour envoyer des alertes aux agents de sécurité si nécessaire. Cette idée fait partie du plan sécurité décidé par l’AP-HP, dans lequel 30 millions d’euros sont investis. Les incidents aux urgences, de plus en plus récurrents, sont souvent le résultat des temps d’attente dans ces services de secours.

Saluée par plusieurs personnalités politiques comme le conseiller régional d’Ile-de-France Karim Ouchikh, la décision déplait sur le terrain.

« C’est simplement une stratégie de communication », dénonce Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). « Ce n’est pas en installant des caméras que le problème va se résoudre. »

« Cette décision est coupée de la réalité »

Cette frustration résulte d’un constat simple : les patients violents le sont à cause des conditions d’accueil. Selon l’infirmier, la vraie solutions réside dans l’augmentation du nombre de personnels, afin d’améliorer la rapidité de la prise en charge des patients. « Cette décision est coupée de la réalité, à l’image de la direction de l’AP-HP », accuse Thierry Amouroux. « Nous n’avons même pas été consultés, comme pour toutes les autres mesures précédemment prises ».

Même Martin Hirsch reconnaît le possible manque d’efficacité de cette mesure. Il souhaite d’ailleurs accompagner cette décision d’une campagne d’affichage.

Mais pour l’instant, les décisions prises par l’AP-HP vont dans le sens inverse de l’avis du SNPI. Le syndicat dénonce, notamment sur Twitter, la suppression de 600 postes en 2018, allant à l’encontre de la volonté de limiter les violences.

Outre l’augmentation du personnel, le SNPI propose l’aménagement de deux salles d’attente selon les degrés d’urgence. Grâce à ce système, un patient qui se ferait doubler par une nécessité vitale ou plus élevée n’en serait pas informé. Cette solution permettrait selon le syndicat d’apaiser les réactions les plus virulentes.

Illustration : Le directeur de l’AP-HP Martin Hirsch annonce des caméras supplémentaires dans les services d’urgences ©Randalfino, Flickr.