Nicolas Hulot, l’homme qui doute

Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot a annoncé mercredi 16 mai qu’il décidera cet l’été s’il reste ou non au gouvernement. Retour sur un an de doute.

Chapitre 1 : De Ushaïa à l’Élysée

Il y a un an, Nicolas Hulot faisait son entrée à l’Elysée. Une décision difficile à prendre pour l’écologiste. Sa défaite à la primaire des Verts en 2011 l’a fait quitter brutalement la politique. Cela fait plusieurs fois qu’il refuse ce poste. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande en ont fait les frais. Il faut croire que le jeune président élu, Emmanuel Macron a su trouver les mots. « J’ai besoin de toi », lui a‐t‐il dit lors d’un dîner. L’ancien présentateur d’Ushaïa sent Emmanuel Macron sincère et s’engage.

Plein d’espoir, il prend les commandes du ministère de la Transition écologique et solidaire. Avec 81% d’opinion favorable, Nicolas Hulot est populaire. Aujourd’hui, sa côte de popularité a chuté de vingt‐deux points, preuve que le ministre n’a pas assez imprimé sa marque au gouvernement.

Chapitre 2 : Une politique écolo ?

Les événements s’enchaînent au gouvernement. Nicolas Hulot reste discret. Loi de transition énergétique pour la croissance verte, Accord de Paris… Le programme est chargé. Très vite, Nicolas Hulot se rend compte qu’il n’a pas la marge de manoeuvre souhaitée et qu’il est freiné par les lobbys : « Les lobbys, je peux les sentir en permanence sur mes épaules. »

Les échecs s’enchaînent. En novembre 2017, le Glyphosate est réautorisé pour cinq ans en Europe ; une grande déception pour le ministre qui réplique avec un Plan pesticide trop faible composé de peu d’action à court terme. Au même moment, il doit renoncer publiquement à un objectif : faire baisser la part du nucléaire dans la production électrique à de 75 % à 50% d’ici à 2025.

Des déceptions ponctuées de quelques victoires. La dernière, la plus symbolique, est sans aucun doute l’abandon du projet d’aéroport à Notre‐Dame‐des‐Landes. Il a pesé de tout son poids dans cette bataille et a obtenu gain de cause. Un projet sur lequel il avait mis sa démission en condition.

Avec le gouvernement, le climat est tendu. Sur certains sujets, l’exécutif lui donne des coups de coude, le poussant à s’adoucir sur certains sujets comme le projet d’enfouissement des déchets radioactifs de Bure (Meuse). Sur la loi asile et immigration, il refuse la distinction entre migrants économiques et les autres.

Chapitre 3 : L’Ebdo et Hulot sont sur un bateau

En février, le bateau coule. Le magazine « Ebdo » déclare que le ministre de la Transition écologique est visé par une plainte pour viol déposée en 2008 et classée sans suite. L’article fait également état d’une rumeur de harcèlement sexuel. Nicolas Hulot porte plainte en diffamation contre le journal.

Une fois de plus, l’écologiste hésite à démissionner. « C’est ma famille qui prime, c’est sa résistance qui prime et ce sera elle qui guidera mes choix », avait‐il lancé. Le journal, lui, ne survivra pas.  

Chapitre 4 : « Je suis capable de partir »

Après un an au pouvoir, son bilan reste mitigé, beaucoup lui reprochent d’avoir mis trop d’eau dans son vin. Toujours tiraillé entre ses convictions d’écologiste et les engagements du gouvernement, Nicolas Hulot a une fois de plus envisagé de démissionner. « Jusqu’à l’été, j’ai la tête sous l’eau, cette évaluation‐là, je la ferai à l’été », a‐t‐il annoncé mercredi 16 mai sur BFM TV.  « Si je sens qu’on n’avance pas, que les conditions ne sont pas remplies, voire qu’on régresse, j’en tirerai les leçons », a poursuivi Nicolas Hulot qui a prévenu, comme une menace au gouvernement. « Je suis capable de partir. »

Illustration : Paris, 17 janvier 2018. Nicolas Hulot décidera cet été s’il reste ou non au gouvernement. © Associated Press