Olympiques rivaux

L’Olympique de Marseille dispute sa finale européenne mercredi 16 mai dans le stade de l’Olympique lyonnais. Les deux clubs sont les grands rivaux de cette décennie.

« Jean‐Michel Aulas, oh grosse pét… , on va tout casser chez toi ! » Depuis un peu plus d’un mois, impossible d’échapper à ce chant. On l’entend sur les réseaux sociaux, en fond sonore des duplex, dans les bars… En peu de temps, il s’est imposé comme le nouvel hymne des supporters marseillais pour la finale de l’Europa League. Une finale qui oppose leur équipe à l’Atlético Madrid et qui se joue à Lyon, rivale emblématique de la cité phocéenne.

Les paroles à l’adresse du président de l’Olympique Lyonnais rendent assez bien l’antagonisme croissant entre les deux clubs. Depuis un peu plus de dix ans, les duels entre la deuxième et la troisième ville de France sont traversés de fortes tensions, entre joueurs comme entre supporters. Des tensions telles que leurs matchs explosifs, surnommés désormais les « olympicos », sont devenus des événements phares de la Ligue 1.

Leur rivalité naît dans les années 2000, quand Lyon se hisse au sommet du classement. Pape Diouf, nommé président de l’OM en 2005, essaie alors par tous les moyens de renverser le leader lyonnais. Mais la résistance de Jean‐Michel Aulas est féroce : à l’été 2006, il tente de s’offrir les services de Franck Ribéry, alors joueur star de l’OM. L’ailier français déclare même sa volonté de rejoindre Lyon en direct, sur TF1. Cela déclenche une guerre sans précédent entre les deux clubs.

Débordements

La rivalité prend des proportions insoupçonnées en 2015, quand les virages du stade Vélodrome lancent des bouteilles de bière sur les joueurs lyonnais. L’arbitre se voit forcé d’arrêter la rencontre durant vingt minutes. Après lecture de son rapport, la commission de discipline sanctionne pour deux matchs les virages du stade marseillais. Les supporteurs phocéens parlent alors d’injustice, avançant que leurs adversaires avaient multiplié les provocations racistes.

C’est le 18 mars dernier que l’antagonisme atteint son paroxysme. Après un match crispé, les Lyonnais finissent par s’imposer sur le score de 2 à 3 au stade Vélodrome. Au coup de sifflet final, les joueurs s’invectivent. Une provocation du défenseur lyonnais Marcelo met alors le feu au poudre : à l’entrée des vestiaires, des échauffourées éclatent, tout le monde court vers l’attroupement.

En définitive, le verdict de la commission de discipline de la ligue n’est pas si sévère : seuls Adil Rami et Anthony Lopes écopent de trois matchs de suspension. Mais le mal est fait : les violences ont gagné le terrain.

Joutes présidentielles

Au cours de la dernière décennie, ce sont avant tout les joutes verbales des présidents qui maintiennent et attisent la rivalité des deux clubs. La palme revient au très médiatisé Jean‐Michel Aulas (JMA), président de l’OL depuis plus de trente pas et passé maître dans l’art de la provocation. Attaqué en 2015 sur ses pratiques avec les arbitres par son homologue Vincent Labrune, il n’hésite pas à faire usage de sa gouaille légendaire, et répond à l’intéressé en le traitant de « faux cul » et de « guignol », avant de le railler comme « petit président ».

Du côté de l’OM, même chose, on ne rate jamais l’occasion de chambrer. Dernier exemple en date avec le président du club phocéen Jacques‐Henri Eyraud, le 28 avril dernier lors d’entretiens à L’Equipe et à La Provence : « Je note que tous mes prédécesseurs ont eu un problème avec Jean‐Michel Aulas. Cela veut peut‐être dire que le problème, c’est Jean‐Michel Aulas. »

Si les deux présidents persistent dans ces échanges houleux, c’est aussi parce qu’ils leur sont profitables. La mise en scène d’une rivalité exacerbée entre les deux clubs leur permet d’exister sur la scène médiatique, très largement occupée par le Paris‐Saint Germain. Leur stratégie se révèle payante : l’olympico prend progressivement la place du clasico, devenu insipide.

Illustration : Lyon, 13 septembre 2006. La rivalité entre les Olympiques Lyonnais et Marseillais ne cesse de croître. © Wikipédia