#WeAreTheYouth, solidarité 2.0

Sur Twitter, des adolescents partagent des mésaventures qu’ils ont vécues à travers le hashtag #WeAreTheYouth. En mettant en lumière leurs blessures, ils espèrent aider d’autres jeunes de leur génération.

« J’ai décidé de témoigner parce que je sais que d’autres que moi ont vécu des jours noirs. Et savoir qu’on est pas seul dans son désespoir, c’est rassurant », raconte Jeanne, 20 ans. Hier soir, elle a tweeté : « Je me suis faite harceler durant tout le collège. On m’humiliait à cause de mon physique. » Comme elle, des milliers de jeunes, venus de France, d’Amérique Latine ou des Etats‐Unis, ont raconté sur Twitter les épreuves qu’ils ont subies durant leur vie. Un hashtag liait tous ces témoignages : #WeAreTheYouth.

Un slogan tiré d’un couplet

Nous sommes la jeunesse. Ces mots, semblables à un slogan politique, ont été inspirés par la chanson Youth du chanteur Shawn Mendes. Âgé de 19 ans, l’artiste s’adresse principalement à un jeune public. « Je ne laisserai pas la douleur se transformer en haine », écrit‐il dans son morceau. C’est en reprenant ce couplet qu’un fan de Shawn Mendes a lancé le hashtag #WeAreTheYouth, le 5 mai. « Parlez‐nous de quelque chose dont vous êtes fiers, de vos luttes », était précisé dans son tweet.

« À travers les réseaux sociaux, on a tendance à trop idéaliser la vie des autres. Ce genre de hashtag montre que souffrir, ça arrive à tout le monde », estime Romane. L’adolescente de 17 ans a confié à ses 3281 followers qu’elle sortait d’une période de dépression et de troubles alimentaires causée par du harcèlement scolaire. « À l’époque, je préférais garder ça pour moi. Je ne voulais pas embêter mes parents. Ils auraient pris ça pour des problèmes futiles d’ados », explique‐t‐elle. Des « petits problèmes » pourtant partagés par de nombreux jeunes à en croire la viralité du hashtag. #WeAreTheYouth met en lumière, dans une majorité des cas, des histoires d’intimidation à l’école.

Les jeunes plus à l’aise sur Twitter

« J’ai été aidée plus souvent sur Twitter que dans la vie « réelle », confie Jeanne. Ici on sait qu’on va trouver des personnes qui nous ressemblent ». La jeune femme estime que ces plateformes permettent aux jeunes d’échanger et de se soutenir. « Les langues se délient plus facilement parce qu’on n’est pas face à la personne. Le portable nous protège », ajoute‐elle. Comme elle, tous les adolescents interrogés assurent se sentir plus à l’aise sur Twitter. 

La plateforme est même, pour certains d’entre eux, un moyen de guérir certaines blessures. « Mes followers m’ont soutenu et m’ont redonné confiance en moi. C’est grâce à eux que j’arrive aujourd’hui à poster des photos de moi », assure Victor. Intimidé à l’école à cause de sa sexualité, il a longtemps gardé sous silence ce qu’il subissait.

 Des messages de soutien, et de haine…

Avec plus de 2500 likes, son message accompagné de #WeAreTheYouth est le plus« populaire » du genre sur le réseau social. Sous son portrait, des dizaines de messages de soutien apparaissent. « Il n’y a pas que des choses positives. Depuis dix minutes, c’est la mode des message de haine envers moi », explique‐t‐il. Des internautes l’accusent de chercher l’attention, « un follower m’a proposé un plongeoir pour replonger en dépression, j’ai pas compris la blague ».

À en croire Jeanne, les médias ne parlent pas assez de thématiques comme la dépression chez les jeunes, le harcèlement scolaire ou encore les phobies sociales. « On laisse beaucoup trop la jeunesse face à elle‐même et à ses soucis », reproche‐t‐elle. #WeAreTheYouth serait, à son sens, un hashtag prônant la solidarité entre les jeunes. « Avec ce tweet, mon seul message était : continuez à vous battre ».