Italie : les partis anti système s’accordent sur un programme commun

La Ligue du Nord (extrême droite) et le Mouvement 5 étoiles (populisme anti‐système) ont assuré, jeudi 17 mai 2018, avoir bouclé un contrat de gouvernement. Le virage à droite semble se profiler.

 « Je suis très confiant, nous avons créé la base du gouvernement », a certifié Luigi Di Maio, le leader du Mouvement 5 Étoiles. Son homologue de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, s’est enthousiasmé du déroulement des négociations : « Je suis fier du temps, des jours et des nuits passées, non pas à parler de ministres mais de l’avenir de l’Italie. » Ces deux mouvements autrefois adversaires se sont donc entendus sur « un contrat » qui constitue le programme d’un futur gouvernement commun. Les grands principes de cet accord seront présentés lundi 21 mai prochain au président de la République, Sergio Mattarella. Le document de vingt‐neuf articles et trente‐neuf pages, couvre l’ensemble des domaines de la vie politique italienne et sera soumis ce week‐end au vote des militants des deux partis respectifs.

Parmi les mesures proposées, Luigi Di Maio et Matteo Salvini s’attaquent à la politique fiscale en réduisant les impôts tout en amplifiant les dépenses sociales. Une seule tranche d’imposition de 15% est prévue pour les sociétés et deux tranches pour les particuliers (15% sous 80 000 euros par an, 20% au‐delà). Toujours d’un point de vue économique, 17 milliards d’euros seraient débloqués en 2019 pour financer un « revenu de citoyenneté » de 780 euros par mois pour ceux qui cherchent un emploi ou pour les retraités dans la pauvreté. La sortie de l’euro n’est pas mentionnée dans le contrat de gouvernement. A noter qu’aucune indication sur le financement des réformes envisagées n’est précisée dans le rapport.

Tournant à droite

Si les deux forces politiques comportent de fortes divergences, leur programme semble trouver un terrain d’entente autour d’un texte très orienté à droite. Ce virage se reflète notamment dans la politique migratoire. Le contrat affirme que le rapatriement des migrants « est prioritaire et ne pourra être différé ». Un plan d’expulsion des clandestins est prévu afin de lutter contre la présence de 500 000 immigrés en situation irrégulière sur le territoire italien. Les camps de nomades seront interdits. Les mosquées irrégulières seront fermées, et les imams dans le pays auront l’obligation de prêcher en italien. Point très sensible dans le contexte de la crise migratoire qui s’éternise, le durcissement de la politique migratoire concrétise la jonction des lignes politiques de ces deux mouvements.

Le taux d’emprunt de la dette de l’Etat italien ne cesse d’augmenter

Le taux d’intérêt à dix ans a atteint, jeudi 17 mai 2018, 2,17 % : son plus haut niveau de l’année, contre 2,07% mercredi soir. Avec une dette très élevée de 2 302 milliards d’euros, la situation économique de l’Italie tourmentait déjà les marchés et les investisseurs internationaux. L’inquiétude a grandi suite au programme de la nouvelle coalition. La rumeur d’une possible sortie de l’euro n’a rien arrangé. Le programme du gouvernement ne mentionne finalement pas une sortie de la monnaie européenne.

Illustration : Matteo Salvini (à gauche) et Luigi Di Maio (à droite) ont bouclé leur contrat de gouvernement. © Wikipédia