La banlieue, grande inconnue du programme de Macron

 

 

L’ancien ministre de la Ville Jean-Louis Borloo a soumis au président de la République, le 26 avril 2018, son plan de sauvetage des banlieues. Mais il n’a pas rencontré le soutien espéré, ni même pu présenter son rapport à l’Elysée.

Pari raté pour Jean-Louis Borloo. L’ancien ministre de la Ville pensait présenter son rapport « Vivre ensemble » le 22 mai 2018, enrichi des propositions d’Emmanuel Macron. Finalement, pas de grande annonce ce jour-là, mais une réception à laquelle Jean-Louis Borloo sera seulement présent en tant qu’invité. L’Elysée ajoute que ce rendez-vous, loin de « réinventer de grands dispositifs », favorisera « l’émergence de projets locaux ». Un affront pour l’auteur des soixante pages du rapport, qui était pourtant soutenu par cinq présidents de région. Il pourrait d’ailleurs créer sa propre fondation, sans l’aide de l’Etat, mais avec celle de douze anciens ministres de la Ville, de tous bords politiques.

L’ancien maire de Valenciennes, qui se dit hors de la vie politique, a pourtant mené une vraie campagne dans les quartiers pour construire un plan ambitieux, évalué autour de 48 milliards d’euros. Cinq grands axes y sont abordés : l’éducation, l’action sociale, la mixité hommes-femmes, la sécurité et la rénovation urbaine. Sur le plan éducatif, Jean-Louis Borloo propose, entre autres, une « académie des leaders », qui mènerait sur concours 500 élèves à la haute fonction publique et la création de cités éducatives. Le rapport met l’accent sur la lutte contre l’illettrisme, un mal qui touche 4,5 millions de personnes en France.

Une politique embryonnaire

L’Elysée déplore cependant des « angles morts sur la sécurité ou le communautarisme ». Emmanuel Macron devrait tout de même proposer ses propres mesures le 22 mai prochain. Il tentera de répondre en premier lieu aux attentes des banlieues, laissées pour compte depuis le dernier discours présidentiel sur la politique de la Ville. Mais aussi répondre aux interrogations des maires de banlieues. Ces derniers alertent depuis plusieurs mois sur la situation de leurs communes et ont approuvé le plan Borloo lors de la réunion de l’Association des maires de France (AMF) le 17 mai dernier. 

Sur le terrain des banlieues, le bilan du président de la République se résume pour l’instant à la mise en place depuis la rentrée 2017 du dédoublement des classes de CP en zone prioritaire, le retour des emplois francs ou encore la police de sécurité du quotidien. Mais les attentes sont plus grandes : depuis quarante ans, plusieurs « plans banlieues » ont abouti sans obtenir les résultats escomptés. Aujourd’hui, ces territoires qui abritent 5,5 millions de personnes affichent des taux de chômage et de pauvreté supérieurs à la moyenne nationale. En prônant « la mobilisation des habitants », Emmanuel Macron risque de décourager des habitants qui attendent une action concrète de l’Etat. 

Illustration : Les banlieues sont au coeur du plan Borloo, remis au président de la République fin avril 2018. © Wikipédia.