Marc Machin : les ravages d’une erreur judiciaire française

Placé en garde à vue à Paris jeudi 17 mai 2018 pour viol, Marc Machin reste connu comme la victime d’une des plus grandes erreurs judiciaires françaises.

Il aura passé près de sept ans en prison, condamné à tort pour le meurtre de Marie Agnès Bedot. Le 1er décembre 2001, cette assistante de direction de quarante‐cinq ans est retrouvée morte sur les marches du pont de Neuilly, gisant au sol dans une mare de sang. Elle a été poignardée de plusieurs coups de couteau. Rapidement, les enquêteurs recueillent le témoignage d’une infirmière qui raconte une scène d’agression qu’elle a subie peu après l’heure du meurtre. Sur le pont de Neuilly, un homme lui aurait lancé des obscénités. La police recoupe cette déclaration avec une agression commise quelques mois plus tôt par Marc Machin. Rapidement, les enquêteurs en sont convaincus : il est le meurtrier de Marie Agnès Bedot.

Le coupable idéal

En effet, l’homme est bien connu des services de police pour des faits de vol et de violence. Agé de dix‐neuf ans à l’époque, c’est un jeune homme paumé. Enfance difficile, grand consommateur de cannabis et d’alcool, il passe parfois ses nuits à errer dans Paris. Il a déjà été condamné plusieurs fois par la justice. Devant les enquêteurs, il nie dans un premier temps. Le portrait robot correspond faiblement. L’infirmière ne le reconnait pas et aucune expertise ADN ne l’implique. Mais Marc Machin est longuement interrogé par la police, si bien qu’il finit par avouer pendant sa garde à vue. Mais malgré sa rétractation quelques temps plus tard, il est condamné en 2004 aux assises, puis en appel l’année suivante, à dix‐huit ans de réclusion criminelle.

Volte‐face

Le retournement de situation s’opère en 2008. L’enquête est bouclée et le jugement ne semble souffrir d’aucune faille. C’est la déclaration spontanée d’un homme, David Sagno, qui fait tout basculer.  Dans la nuit du 3 au 4 mars 2008, ce SDF se présente au commissariat de la Défense (dans les Hauts‐de‐Seine) et avoue le meurtre de Marie Agnès Bedot, mais aussi d’une autre femme, Maria‐Judite Araujo, commis au même endroit un peu plus tard. Son récit est très précis et concorde avec les conclusions de l’enquête. La clôture du dossier est expéditive. Les éléments d’ADN confirment la véracité de la confession de David Sagno. Maria‐Judite Araujo avait pourtant été tuée avec un tesson de bouteille au même endroit, en mai 2002, alors que Marc Machin était en détention provisoire. Le juge d’instruction en charge de l’affaire n’avait pas établi de lien entre les deux assassinats.

Marc Machin obtient la révision de sa condamnation et sort de prison le 7 octobre 2008. Il est finalement acquitté en 2012 au terme d’un troisième procès. Marc Machin est le huitième Français a avoir été reconnu victime d’une erreur judiciaire sous la Vème République. Ce qui n’a pas écarté ses autres déboires avec la justice.

Illustration : Après son acquittement 2012, Marc Machin a de nouveau des déboires avec la justice. © : Montage réalisé par Marc de Boni